Capa dans le roman photo « Le tueur au boomerang », magazine VU du 27/06/1934. Photo: Marie Claude Vaillant-Couturier / BNF

Le Musée de la Libération à Paris retrace le parcours de cet immigré hongrois qui sera surnommé « le plus grand photographe de guerre » et a profondément marqué de son empreinte le photojournalisme. Il est devenu une icône, flambeur, buveur et joueur, prêt à risquer sa vie pour prendre la bonne photo, même si se cache derrière cette image une réalité plus complexe.

Le parcours de l’exposition suit celui de Capa et présente de nombreux documents, magazines, ouvrages, films et objets personnels. A noter la projection de films réalisés par l’armée américaine lors de la libération de Paris où, fruit d’un long travail d’identification, la présence du photographe est signalée sur l’image. On le voit photographier les derniers combats, suivre l’avancée des troupes et être juché, avec un certain culot, sur le véhicule du général Leclerc le 25 août 1944. Le long de la visite, si on reconnaitra des images célèbres comme celles de la guerre d’Espagne ou du débarquement en Normandie, la présentation très documenté offre une vue d’ensemble très complète sur la vie et le travail de celui que l’on surnommait « Bob ».

Né le 22 octobre 1913 à Budapest sous le nom d’Endre Friedmann, ce jeune Hongrois d’origine juive connaîtra un destin hors du commun. Contraint à l’exil comme nombre de celles et ceux de sa génération, il transformera cette errance forcée en une carrière photographique exceptionnelle. Dans la Hongrie des années 1930, il fréquente les cercles progressistes qui s’opposent au régime autoritaire en place. En 1931, sa famille décide de l’envoyer à Berlin pour y suivre des études de journalisme. Mais le jeune homme abandonne rapidement les bancs de l’université pour se consacrer à ses premiers reportages photographiques. L’arrivée d’Hitler au pouvoir et la montée de l’antisémitisme l’obligent à un nouvel exil. Direction Paris, où il noue des amitiés avec Cartier-Bresson, André Kertész, Pierre Gassmann et David Seymour, forge son identité de photographe et, grâce à sa compagne Gerda Taro, adopte le nom qui le rendra célèbre : Robert Capa.

La guerre d’Espagne sera son baptême du feu. En juillet 1936, un coup d’État militaire ébranle la République espagnole. Tandis que la France choisit la neutralité, la gauche française prend fait et cause pour les républicains. Gerda Taro et Robert Capa rejoignent l’Espagne où ils feront là des images qui sont un témoignage majeur de ce conflit meurtrier. Mais, en juillet 1937, à l’âge de vingt-six ans, Gerda est blessée et trouve la mort alors qu’elle couvre la bataille de Brunete aux environs de Madrid. Coup dur pour Capa, mais alors que la République espagnole livre ses derniers combats et que l’Europe s’achemine vers le conflit mondial, il a acquis une notoriété internationale.

Bien que marqué par la disparition tragique de sa compagne, Capa est devenu une figure professionnellement reconnue. La déclaration de guerre le remettra sur les routes de l’exil, ses amis sont dispersés, son atelier parisien fermé. Confronté aux lois françaises contre les « étrangers indésirables », il part pour les États-Unis en 1939. Animé par son engagement antifasciste et son besoin de travailler, Capa aspire à retrouver le terrain et il va plonger dans l’enfer de la Seconde Guerre mondiale.

En 1941, il rejoint Londres et deux ans plus tard, on le retrouve en Afrique du Nord, puis en Sicile, puis il suit la remontée des troupes alliées jusqu’à Anzio, aux portes de Rome. Le point culminant de son travail sera le débarquement en Normandie où il sera le premier et seul photographe à débarquer dès la première heure avec les soldats américains. Il y fera des images qui sont devenues le symbole même de cet événement historique. Il accompagnera après la 2e division blindée de Leclerc dans Paris, photographiant les combats, puis ensuite le défilé de la Libération.

L’après-guerre est une période entre gloire et désillusion. Quel avenir pour un photographe de guerre dans un monde pacifié ? En 1946, Capa jouit d’une célébrité incontestable. Il obtient la nationalité américaine et est décoré l’année suivante par le général Eisenhower, ce qui n’empêchera pas qu’il rencontrera plus tard, en plein maccarthysme, des difficultés lors du renouvellement de son passeport du fait de ses sympathies communistes.

Devenu photographe de cinéma et de mode, il est à l’origine de la création de l’agence Magnum en mai 1947, à New York et pose les bases d’un nouveau modèle : chaque photographe reste propriétaire de ses images et contrôle l’utilisation de sa production. En 1948, il reprend le chemin des zones de conflit avec trois voyages en Israël. Ces années sont éprouvantes pour lui : il doit gérer l’agence Magnum, entretenir sa légende, tout en luttant contre de violentes douleurs dorsales. En 1954, à 40 ans, Robert Capa accepte une ultime mission, couvrir la guerre d’Indochine. Ce dernier reportage lui sera fatal. Il n’en reviendra pas vivant mais laissera derrière lui l’héritage d’un des plus grands photojournalistes de guerre du XXe siècle.

Exposition « Robert Capa, photographe de guerre »

Musée de la Libération, Musée du général Leclerc, Musée Jean Moulin, Paris,

jusqu’au 20 décembre 2026.

 

Gilles Courtinat
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