Nuit de Noël, Chappy Club, 1963 © Malick Sidibé / Studio Malick Sidibé

Il avait été surnommé « l’œil de Bamako ». Malick Sidibé est un des photographes africains les plus influents du XXe siècle, celui qui a su capter, avec une grâce, le dynamisme d’un pays rentrant dans l’ère de l’indépendance.

Tournant le dos aux représentations misérabilistes qui ont longtemps été associées au continent africain, son œuvre est un contre-pied à l’imagerie colonialiste. C’est la représentation d’une jeunesse élégante, confiante dans l’avenir, qui danse, se découvre et veut affirmer son identité dans le Mali des années 1960 et 1970.

Né en 1935 à Soloba, dans le sud du Mali, près de la frontière guinéenne, Malick Sidibé révèle très tôt un talent pour le dessin. Devenu diplômé en joaillerie en 1955, il se tourne rapidement vers la photographie et se formera auprès de Gérard Guillat, dit « Gégé la Pellicule », un Français installé à Bamako. Au début des années 1960, alors que le Mali vient d’accéder à l’indépendance, il ouvre son propre studio dans le quartier populaire de Bagadadji, au cœur de la capitale. Quelques fonds et accessoires lui suffisent pour réaliser des portraits d’excellente facture.

Chaleureux et bienveillant, il instaure une relation de confiance avec ses sujets qui transparaît dans ses images. La jeunesse se presse dans son studio pour fixer sur la pellicule une nouvelle tenue, une coupe de cheveux à la mode, et prennent fièrement la pose. Cela devient un rite de passage, un manière d’inscrire son image dans le temps. Sortant de son studio, Sidibé sillonne sa ville à la recherche des lieux où la nuit devient électrique. Ce sont les bals, les surprises-parties, les fêtes où la jeunesse malienne, avide de liberté, découvre le rock, le twist ou la musique cubaine et danse jusqu’à l’aube. Corps en mouvement, sourires éclatant, costumes rivalisant d’élégance, le photographe capture cette énergie collective qui témoigne d’un moment charnière de l’histoire malienne.

À travers ces jeunes gens qui s’approprient des codes vestimentaires occidentaux tout en les réinventant, c’est la construction d’une modernité africaine qui se joue. Le Mali indépendant cherche sa voie, et la jeunesse en devient l’avant-garde. Les photographies de Sidibé composent ainsi un vaste autoportrait collectif, marqué par l’optimisme, l’audace et le désir d’émancipation. Malick Sidibé accède à la reconnaissance internationale à partir des années 1990, notamment grâce au travail de diffusion de la photographe et commissaire d’exposition Françoise Huguier. Les galeries et les musées occidentaux découvrent alors une œuvre remarquable, qui conjugue documentaire et esthétique, mémoire et modernité.

Couronné d’un Lion d’or à la Biennale de Venise en 2007, une première pour un photographe africain, il est resté fidèle à Bamako et à ses habitants, car malgré la célébrité, il n’a jamais quitté sa ville ni renoncé à son studio, demeuré un lieu de vie et de mémoire. Il disparaît en 2016, laissant une œuvre qui continue d’influencer toute une génération de photographes africains et internationaux. qui voient en lui un pionnier de la représentation de soi. Au-delà de leur valeur esthétique, les photographies de Malick Sidibé constituent également une archive précieuse qui documente un moment d’effervescence culturelle et sociale, une parenthèse d’enthousiasme dans l’histoire d’un pays en construction.

« Dans un portrait de Malick Sidibé, le regard est toujours aimant, confiant. Chacun et chacune y débordent d’une assurance qui ne saurait être feinte. Et la complicité entre les sujets et l’artiste saute aux yeux. Chaque image est une carte postale envoyée à l’avenir, une affirmation de soi, un témoignage d’amour à la vie. » (Omar Victor Diop, photographe)

« Malick Sidibé, la joie du Mali », album Reporters Sans Frontières 100 photos pour la liberté de la presse, 120 pages, 12,50€

 

Gilles Courtinat
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