Paris 10 mars 2014 - Lionnel Jospin à son domicile parisien. br Photographie Bernard Bisson

Paris 10 mars 2014 – Lionnel Jospin à son domicile parisien.
Photographie Bernard Bisson / JDD / sipa Press

Reporter photographe à l’agence de presse Sygma de 1986 à 2022, Bernard Bisson a couvert toutes sortes d’événements, dont la politique. Lui aussi a suivi assidûment Lionel Jospin. Témoignage pour son dernier portrait.

Depuis 1986, je suivais le Parti socialiste français : meetings, manifs et autres mouvements sociaux dans le pays, quand Lionel Jospin était Premier secrétaire du PS.

Les années Mitterrand se terminaient par des aveux mortifères. Il fut l’homme des « inventaires »… Jospin redonnait alors à ce parti assommé un regain de vigueur. Je le suivais dans tous ses déplacements, les Conventions nationales, les réunions de bureau politique et autres « Fêtes de la Rose ». Avec moi, il y avait Daniel Simon, Thomas Halley, des concurrents des agences Gamma et Sipa. Nous formions un trio en concurrence permanente et directe, dans un esprit de respect mutuel.

Jospin devient Premier ministre !

1995, élections présidentielles ! Jospin est candidat. En tête au premier tour, il ne pouvait gagner : le devoir d’inventaire n’était pas achevé. Arrive la dissolution de l’Assemblée par Chirac ! La gauche gagne ! Il va se passer quelque chose dans ce pays ! Jospin devient Premier ministre ! Tel un chef d’orchestre, il organise les réformes. La Bourse ne peut pas tout…

Moi et mes confrères – sans oublier Patrick Bruchet (1953–2019) de Paris Match –, nous sommes sur le champion en tête de tous les sondages. Nous partageons ses idées : la solidarité et l’équité entre les classes sociales dans nos sociétés. Nous le suivons en Chine, en Afrique du Sud, en week‑end avec le chancelier allemand Schröder. Pour Daniel, Thomas, Patrick, notre petite bande, il est notre champion ! Il sera le futur Président de la République !

Jospin n’était en rien complaisant pour l’image. Couper un ruban, planter un arbre, il avait toujours en lui cette responsabilité de l’homme d’État : exécuter sans en rajouter. Pour cette raison, nous le respections. Il imprimait une rigueur : la politique, l’homme politique, n’est pas un bouffon prêt à se sacrifier pour quelques pages de papier glacé. Et puis arrive le deuxième tour de la présidentielle de 2002.

Je le revois monter les escaliers du siège de campagne dit « L’Atelier ». Patrick Bruchet me chuchote à l’oreille : « Jospin n’est pas au deuxième tour ! » « Tu déconnes !  » Puis ce fut le résultat, les chiffres parlaient. Enfin, son constat… La chape de plomb se refermait sur la France !

De mon côté, l’agence Sygma vendue à Bill Gates, le patron de Corbis, je perdais mon travail et mes illusions. Il faut savoir rebondir, ou traverser la rue ! Je n’ai pas traversé la rue, mais décroché mon téléphone et chevauché ma bécane direction Le Journal du Dimanche (JDD), d’avant l’époque Bolloré.

Le JDD me donnait des piges : un rendez‑vous avec Jospin. Nous sommes le 10 mars 2014, il est 10 h 30, je suis chez lui pour la page « Portrait ». Il vient de sortir son livre Le mal napoléonien. OK ! Je suis tendu quand je sonne à la porte. Un portrait de L. Jospin… Le portrait d’une personnalité n’est jamais une affaire simple ; mes amis photographes savent que c’est un exercice d’équilibriste.

La porte s’ouvre, il me fait face : « Ah c’est vous ! » J’ai tout de suite vu les rideaux et cette lumière anglaise qui glisse dans le salon… Son épouse passe, « Bonjour ! » avec un charmant sourire ! « Je vous laisse tous les deux. »

Je sais déjà quelle option pour la lumière : un léger spot à 45 degrés. Je connais l’homme, il ne fera pas le poirier pour la photo. Je le pose dans cette lumière diffuse des voiles de la fenêtre. J’ai monté mon spot, j’allume. Je module l’intensité. Je commence la prise de vue. Je varie les diaphs, très fermés pour assurer une bonne profondeur de champ, puis très ouverts pour une saisie plus serrée. J’ai ma photo, il n’a pas bougé, le regard dans le blanc des

In Gala de cette semaine pour le décès de Lionel Jospin

Si cet article vous a intéressé... Faites un don !

Recevez gratuitement 'DREDI notre lettre hebdomadaire du vendredi