Le duel. Photo: Michel Lagarde

Pour son travail, Michel Lagarde convoque la photographie, le théâtre, le cinéma et la peinture pour créer un univers truculent très particulier. Seul et pluriel, il se met en scène et tient tous les rôles dans un défilé de personnages plus picaresques les uns que les autres.

Bandes dessinées, films des années 50, peintures, gravures et souvenirs d’enfance sont d’intarissables sources d’inspiration pour ce raconteur d’histoires qui sculpte un noir et blanc somptueux. En habile homme de spectacle, il nous entraîne dans son monde imaginé, aux situations un peu outrées, mais qui semblent tellement réelles du fait d’un souci du détail tout à fait épatant. Montent sur scène un bord de mer quand souffle le vent, un cirque et sa fanfare, des salles de spectacle et leurs vivats, des rues animées. Les lumières s’éteignent, il est temps de lever le rideau. Et que le spectacle commence ! Il peint et dessine depuis son enfance et, un jour, rencontre des gens qui faisaient du théâtre et cherchaient un décorateur. Ils lui demandent si cela l’intéresserait de s’en occuper. C’est comme cela qu’il a commencé et appris son métier.

Il fallait faire avec les moyens du bord à l’époque, vu qu’il y avait très peu d’argent. Il a aussi été comédien, profession exercée pendant une quinzaine d’années. Il avait aussi fait de la photographie quand il avait une vingtaine d’années, mais sans y accorder un intérêt particulier. Un jour, on lui offre un ordinateur et il commence à s’en servir pour dessiner puis à y mélanger de la photo où il apparaissait. C’est une remarque de sa compagne qui, voyant ce qu’il faisait, a fait naître l’idée de la série « Dramagraphies ». Ce travail réunit tout ce qu’il a déjà fait comme comédien, dessinateur et décorateur. C’est un univers qui ressemble assez à celui du cinéma des années 30 à 50, une époque où il était fait par des gens de théâtre avec un éclairage expressionniste. Il n’a pas de référence photographique particulière, si ce n’est qu’il aime bien ce qui a été fait en noir et blanc dans la première moitié du XXe siècle. Il a plus de proximité avec des peintres comme Daumier, Vallotton ou Jérôme Bosch. D’ailleurs, son travail se situe entre peinture et photographie, dans le sens où il part d’une feuille blanche sur laquelle il dessine et invente une sorte de réalité imaginée, avant un patient travail d’assemblage numérique. Quand on lui demande comment viennent ses idées, il répond qu’il n’en sait rien. Un jour, ça vient, une image trotte dans sa tête qui parfois remonte à l’enfance, après avoir vu un film ou lu un livre de peinture, et il se dit qu’il va travailler là-dessus. Comme la mise en œuvre est assez longue, de l’ordre de vingt jours à un mois et demi, ça évolue souvent pour finir très différemment de l’intention initiale. Parfois, le chemin est droit, mais il peut être aussi très tortueux et durer très longtemps. Ce n’est pas dû à la complexité de la photo, mais plutôt au fait qu’il veut être au final parfaitement satisfait de son travail. Chaque fois, c’est comme monter un petit spectacle, trouver le décor, les accessoires, les costumes, tout ce qu’il va devoir chiner pour arriver à ses fins. Il se sent plus à l’aise dans le noir et blanc, ça colle mieux avec son univers, ayant renoncé à la couleur après plusieurs tentatives. Ce qu’il trouve intéressant avec le noir et blanc, c’est le travail sur la lumière.

« Beaucoup des images que l’on peut voir aujourd’hui sont faites avec un éclairage constant, très peu d’ombres portées. C’est dû à la couleur qui porte sa définition en elle-même. Par exemple, si un personnage est habillé d’un pantalon rouge et d’une veste bleue, les deux éléments seront définis par leur couleur alors qu’en noir et blanc cela va donner un gris sombre qu’il va falloir éclairer différemment pour mieux distinguer les deux. Je travaille donc la lumière comme on le fait sur un plateau de théâtre, de manière très ponctuelle, sans être forcément réaliste, mais qui exprimera ce qui se passe dans l’image. »

Le site de Michel Lagarde

 

Gilles Courtinat
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