La Sainte Chapelle, Paris. © Peter Li

Il est arrivé à la plupart d’entre nous, croyant ou mécréant, citadin ou touriste, de rentrer dans une cathédrale pour prier, assister à une messe, faire une pause en s’isolant du vacarme urbain ou admirer l’architecture et les ornements de l’endroit. Le photographe Peter Li pénètre en ces lieux avec une idée précise de ce qu’il veut faire à savoir photographier ce que nous ne pouvons pas voir d’un seul coup d’œil.

Peter Li est un photographe d’architecture multi primé qui a eu l’excellente idée de s’intéresser à ces constructions monumentales que sont les cathédrales, mais d’une manière particulièrement originale. Les photographies de sa série « Omniscience » explorent l’espace entre réalisme et illusion, capturant ces vastes espaces intérieurs, véritables exploits d’ingénierie et de conception, bâtis bien avant que les outils modernes ne puissent en simplifier la construction. Ses photos montrent ce que l’œil humain ne peut pas capter d’un seul regard et révèlent les perspectives vertigineuses de ces lieux. Le photographe capture méticuleusement l’intérieur de ces bâtiments dans leur intégralité, sol, murs, plafonds et colonnes puis combine soigneusement ses images en un seul et unique panorama soulignant leur phénoménale architecture et les détails complexes de ces monuments historiques.

Il révèle la majesté des cathédrales à travers des panoramas méticuleusement réalisés, composés à partir de dizaines d’images assemblées avec précision. Ce processus lui permet de construire des perspectives au-delà de ce que la vision humaine ne peut capter d’un seul coup d’œil, offrant une expérience visuelle qui révèle des détails architecturaux complexes et des relations spatiales souvent insaisissables. C’est une invite à changer de perspective et à redécouvrir ces merveilles médiévales non seulement comme des monuments, mais comme des espaces vibrants de lumière et de symétrie. Ce travail nécessite un étalonnage minutieux de l’exposition, de l’alignement et de la perspective pour maintenir l’intégrité structurelle de l’ensemble. Un angle mal calculé peut fausser la géométrie qui rend ces bâtiments si majestueux. La réalisation de ces prises de vue demande également beaucoup de négociation, de préparation et de patience. Après une première période où le photographe s’est concentré sur la Grande-Bretagne, il a élargi son champ d’action à Paris, Madrid et Prague. À Paris, la verticalité gothique s’affirme dans la trace de pierre en dentelle et les rosages. À Madrid, des retables ornés et des chapelles richement décorées racontent les interprétations ibériques du drame baroque.

L’histoire architecturale en couches de Prague, façonnée par les influences romanes, gothiques et ultérieures, fournit un autre vocabulaire de forme et de lumière. Li aborde chaque ville avec la même discipline : un accès précoce dans la mesure du possible, une élimination minutieuse de l’encombrement moderne et une attention soutenue à la symétrie et à la lumière. L’absence de présence humaine, obtenue par un accès précoce et une planification maîtrisée, établit un sentiment de solitude et de calme. C’est une invitation encourageant à la contemplation et à s’imaginer debout sous les voûtes, à profiter de l’espace, du silence et de l’atmosphère du lieu.

Entretien avec Peter Li

Comment choisissez-vous les lieux que vous photographiez ?

Je recherche des cathédrales bénéficiant à la fois d’une bonne lumière naturelle et d’un bon éclairage intérieur. Dans la mesure du possible, je préfère que les lumières intérieures soient allumées. Le mélange de la lumière du jour qui traverse les vitraux et de cet éclairage chaleureux crée des couleurs vives et contribue à former des points d’intérêt dans la vue panoramique.

Quels sont les principaux défis que vous rencontrez lors de la création de ces images ?

Le plus grand défi consiste à obtenir l’autorisation de photographier et de vendre des tirages de ces bâtiments historiques. De nombreuses cathédrales sont naturellement très prudentes quant à la manière dont leurs espaces sont photographiés et utilisés.

En moyenne, combien de temps faut-il pour produire une seule image ?

Chaque panorama prend généralement environ 40 heures à réaliser. Les premières versions contiennent souvent de petits défauts après l’assemblage, ils nécessitent donc une correction minutieuse de la perspective et des retouches détaillées. C’est un processus lent qui permet une prise de recul et un regard neuf.

L’éclairage est très contrasté, les vitraux sont lumineux tandis que l’intérieur reste sombre. Comment parvenez-vous à équilibrer ces niveaux ?

L’intérieur des cathédrales présente une très grande plage de luminosité. Les vitraux peuvent être extrêmement lumineux, tandis que l’intérieur reste beaucoup plus sombre. Pour y parvenir, je réalise plusieurs expositions et je les combine en post-production. L’objectif est de préserver l’atmosphère naturelle tout en conservant les détails dans les zones claires et sombres.

Comment gérez-vous la correction de parallaxe sur des structures aussi hautes et complexes ?

Plus la structure est haute et éloignée, moins la parallaxe est visible. J’aligne soigneusement le point nodal de l’objectif afin de la minimiser pendant la prise de vue. Avec un réglage précis, le problème est généralement très mineur. Si les trépieds ne sont pas autorisés, je photographie parfois à main levée, puis je retouche manuellement les raccords entre les images en mélangeant les textures et les surfaces. C’est un long processus, mais il permet d’obtenir une image finale sans raccords visibles.

Y a-t-il un endroit particulier que vous rêvez de photographier pour cette série ?

Il y a beaucoup d’endroits que j’aimerais photographier. En France, la cathédrale Notre-Dame et Sainte-Cécile à Albi figurent en tête de ma liste. J’aimerais également visiter la cathédrale de Milan et la Sagrada Família. Ce projet avance lentement, car il nécessite du temps, de la patience et des conditions d’éclairage adéquates. Il peut également être difficile d’obtenir les autorisations nécessaires, mais j’espère que certains lieux reconsidéreront leur position à l’avenir. Mon objectif n’est pas seulement de créer des œuvres d’art qui permettent aux gens d’emporter un morceau de ces espaces dans leurs maisons, mais aussi de contribuer à la préservation des cathédrales elles-mêmes. L’entretien de ces bâtiments historiques est une responsabilité majeure, et dans la mesure du possible, j’essaie de soutenir les lieux qui collaborent avec moi.

Le site du photographe

 

Gilles Courtinat
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