Unité de résistance des enfants, Narita, 1970 © Kazuo Kitai

La Maison de la culture du Japon à Paris présente jusqu’au 25 juillet 2026 le travail de Kazuo Kitai, photographe peu connu en Europe qui depuis les années 1960 documente le Japon vu de l’intérieur : luttes étudiantes, résistances paysannes, villages voués à disparaître, banlieues en plein essor et scènes du quotidien. Au plus près des gens, un regard d’engagement, de douceur et de mémoire.

Kazuo Kitai nait en 1944 en Mandchourie retourne au Japon avec sa famille alors qu’il est enfant. Il s’impose dès la fin des années 1960 avec des séries documentaires emblématiques réalisées au coeur des mouvements étudiants et des luttes paysannes contre la construction de l’aéroport de Narita. Dans les années 1970, il s’intéresse aux villages en voie de disparition, oeuvres sensibles qui consolident sa réputation. Il poursuit ensuite son exploration du quotidien japonais dans les années 1980 et, plus récemment, renouvelle son approche avec ses séries « Promenades avec mon Leica » et « IROHA ». En plus de cinquante ans, il a bâti une oeuvre humaniste, à l’écoute des transformations sociales de son pays ainsi qu’aux gestes ordinaires de la vie.

À travers près de 130 tirages, l’exposition offre une traversée complète de son oeuvre, depuis les séries militantes des années 1960-1970 jusqu’à ses travaux les plus récents. Ses photographies montrent la société japonaise de l’intérieur et permet ainsi de saisir l’évolution d’un regard profondément humaniste, attentif aux transformations du Japon et à la mémoire de ceux qui l’habitent. L’exposition est articulée autour de quatre sections. La première Se révolter, revient sur les débuts du photographe notamment au travers de ses séries sur les luttes étudiantes. A la fin des années 60, le Japon est secoué par de nombreuses manifestations et mouvements contestataires étudiants. Kitai s’intéresse moins aux événements eux-mêmes qu’au quotidien des personnes qui y prennent part, ainsi qu’à l’atmosphère des lieux. Ce regard tout en retenue définira par la suite son éthique de travail, même lorsqu’il déplacera son regard vers les campagnes et les villes.

Ensuite, La vie à la campagne est une immersion dans la mélancolie de la campagne japonaise des années 1970. L’auteur s’éloigne du bouillonnement urbain pour tourner son regard vers le monde rural. En pleine période de forte croissance économique, les jeunes sont attirés par les villes, ce qui entraîne une lente transformation de la physionomie des villages et des communautés. La troisième section intitulée Vivre en milieu urbain donne à appréhender le quotidien de la classe moyenne dans les villes-dortoirs de la banlieue de Tokyo dans les années 1980, ainsi que le quartier populaire de Shinsekai à Osaka. Enfin, l’exposition se clôture par la section Au fil des jours dédiée à un travail plus intimiste qui témoigne de sa capacité intacte à se renouveler à 80 ans. Cette série d’images prises au cours de promenades capte la lumière au bord de la route ou des fissures sur les murs. Les sorties de l’artiste se faisant de plus en plus courtes, son regard finit par se tourner vers lune proximité qui lui avait jusque là échappé.

« À soixante ans passés, l’envie de partir loin en reportage m’a quitté. J’ai donc changé mon fusil d’épaule et décidé de prendre des photographies simplement en me promenant dans le quartier où je vis depuis plus de trente ans, afin de rendre compte de choses qui m’échappaient quand j’étais jeune mais que l’âge et le déclin de mes forces me permettent aujourd’hui de distinguer plus clairement. »

La série Iroha, présentée en conclusion, commence par la destruction délibérée des tirages de sa première série suivie de l’ajout de peinture colorée sur ces images, deux méthode revendiquées pour s’éloigner de ses travaux antérieurs.

Exposition « Kazuo Kitai, l’éloge du quotidien »

jusqu’au 25 juillet 2026, Maison de la Cuture du Japon, Paris

 

Gilles Courtinat
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