Jean Luchaire (1901 – 1946)
Jean Luchaire (Italie, Sienne, 21 juillet 1901 – France, Châtillon, fusillé le 22 février 1946) est un journaliste et patron de presse français, figure majeure de la collaboration pendant la seconde guerre mondiale. D’abord pacifiste dans l’entre‑deux‑guerres, il fonde en 1927 le mensuel Notre Temps, revue engagée en faveur du rapprochement franco‑allemand et soutenant la politique européenne d’Aristide Briand. Le titre devient un lieu d’échanges intellectuels où collaborent notamment Bernard Lecache et des membres de la LICA, illustrant l’ancrage initial de Luchaire dans une gauche pacifiste et internationaliste. À partir de 1930, il se lie d’amitié avec Otto Abetz, avec lequel il organise plusieurs rencontres franco‑allemandes (Sohlberg, Rethel, Mayence), renforçant son rôle d’intermédiaire entre milieux politiques et culturels des deux pays.
Malgré l’arrivée d’Hitler au pouvoir en 1933, il maintient sa ligne de conciliation, ce qui prépare son glissement ultérieur vers la collaboration.
Sous l’Occupation, Luchaire devient l’une des figures centrales de la presse collaborationniste. Avec l’appui des autorités allemandes en particulier son ami Otto Abetz devenu ambassadeur des nazis à Paris. Il dirige le quotidien Les Nouveaux Temps, créé en 1940, qui devient l’un des principaux organes de propagande écrite du régime. Il préside également la Corporation nationale de la presse française, structure mise en place par Vichy pour encadrer et contrôler les publications. Son activité s’inscrit alors pleinement dans l’appareil d’information de la collaboration, en lien direct avec Abetz et les services de propagande allemands.
À la Libération, il est arrêté, jugé par la Haute Cour en janvier 1946 et condamné à mort pour faits de collaboration. Il est exécuté le 22 février 1946. Son parcours demeure un cas emblématique de la responsabilité des dirigeants de presse sous l’Occupation et un point de référence dans les études sur l’épuration médiatique.

