
Il y a, peut‑être, trois étapes dans la relation que l’on entretient avec la photographie : l’ignorance, l’intérêt et l’enthousiasme. Eric Colmet Daage, lui, vivait dans une quatrième , celle d’une passion sans retenue.
Et contrairement à la plupart d’entre nous, dont l’amour des images se concentre souvent sur un seul genre, la sienne les embrassait tous : le photojournalisme, le sport, la mode, les beaux‑arts, les archives historiques et le documentaire. Si une photographie portait en elle du talent, de l’originalité ou de la surprise, Eric l’aimait. Sinon, il passait simplement son chemin, convaincu en silence que les faux pas ne sont qu’éphémères et que le regard finit toujours par se réaccorder.
Né à Paris en 1948, Eric Colmet Daage fut élève au collège Saint‑Jean de Passy avant de rejoindre l’équipe du magazine PHOTO à sa création en 1967 comme assistant du directeur artistique. Il y gravit les échelons et devint un jour rédacteur en chef, pour finalement être nommé directeur de la rédaction en 2014.
En tant que directeur artistique du magazine français PHOTO , longtemps la référence photographique en France, sinon en Europe , Eric a façonné la culture visuelle de générations entières. Parmi ses projets favoris figurait le fameux Numéro Amateur, entièrement composé des contributions des lecteurs. Ce numéro représentait des heures interminables, des sélections minutieuses, des montagnes d’images d’une qualité inégale. Mais Eric s’en délectait. Il vivait pour ces moments de découverte, lorsque, soudain, une image inattendue l’arrêtait net, ces perles au milieu du gravier. Et lorsqu’il trouvait un photographe en qui il croyait, si besoin est, son soutien allait bien au-delà des pages du magazine. Il passait des coups de fil, ouvrait des portes, obtenait des rendez-vous que nul autre n’aurait pu décrocher. Depuis les bureaux de l’empire Filipacchi, aucune porte ne restait close dès lors qu’Eric jugeait que votre travail le méritait.
Pourtant, malgré son influence, Eric ne s’est jamais posé en grand arbitre de la photographie. Il construisait des carrières, il n’en détruisait aucune. Bien sûr, il avait ses préférences, mais ses choix étaient guidés par la curiosité, jamais par l’ego. Il n’imposait pas le goût ; il l’élargissait. Dans un milieu où le pouvoir se cache souvent derrière les gardiens des portes, Eric s’en distinguait : il était un passeur, un catalyseur.
Cet enthousiasme traversait tout ce qu’il faisait. Jovial, abordable, toujours prêt à échanger, il portait partout avec lui des numéros de PHOTO, les yeux illuminés d’une étincelle permanente. Pour lui, le magazine et les photographes qu’il y célébrait passaient toujours en premier ; sa propre reconnaissance, en second , toujours.
Mais la photographie est une maîtresse ingrate pour ceux qui la servent depuis les coulisses. Les empreintes d’Eric sont partout, dans la culture visuelle de son époque, et pourtant son nom restera inconnu pour la plupart. Peut‑être est‑ce ainsi qu’il le souhaitait. À travers PHOTO, il nous a offert une fenêtre sur le monde, sans jamais demander à apparaître dans le cadre. Son héritage, c’est cette passion qu’il a portée, partagée, et silencieusement tissée dans l’histoire de la photographie.
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