
S.A.S. Antoinette Grimaldi, baronne de Massy, princesse de Monaco (1920 -2011), est un membre de la famille princière monégasque, fille du comte Pierre de Polignac et de la princesse Charlotte, et sœur aînée du prince souverain Rainier III.
Photographie Paul Almasy sur film Agfa
Paul Almasy est né le 23 mai 1906 et mort le 23 septembre 2003 ; ajoutons qu’il était Hongrois, le moins connu des Hongrois dit-on. Dit comme ça, c’est simple et on peut fermer le ban. En réalité, il était célèbre, moins que les autres, sans doute, mais incontestablement il l’était.

Paul Almásy photographié par Oliver Mark, Paris 200
Paul Almasy avait un palmarès prestigieux. Une plaquette de la salle des ventes à Drouot le présente ainsi :
« Paul Almasy, c’est cinq tours du monde, 1 300 000 kilomètres en avion, 1 700 reportages. Cet infatigable photographe sociologue a visité tous les pays du monde, sauf un la Mongolie ! Il est aussi l’auteur de deux livres sur la photographie, trois romans policiers, quatre récits historiques et 43 articles sur la photographie. Ses images ont été éditées dans 278 revues de 58 pays. »
Rien que ça ! Il a travaillé pour des quantités de journaux, tout en restant fidèle pendant 45 ans aux éditions suisses A partir de 1952, il est devenu collaborateur accrédité des organisations internationales des Nations Unies (UNESCO, FAO, OMS et BIT). A ce titre, il a effectué des reportages sur les déshérités du monde entier. Egalement des photos plus classiques notamment des hommes politique ou des artistes comme Giacometti ou Chagall. Engagé, il a été l’un des premiers à chroniquer la condition des noirs en Afrique du Sud, persécutés par la politique de l’apartheid.
Paul, mon ami
Mais pour moi, c’était un ami plus qu’une célébrité, bien qu’il fût de cinquante ans plus âgé.Il était, à la fois, un pilier du Syndicat National des Journalistes (SNJ), de l’Association Nationale des Journalistes Reporters Photographes Cinéastes (ANJRPC) et enseignant au Centre de Formation et de Perfectionnement des Journalistes (CFPJ) qui se trouvait partager l’étage de l’immeuble du syndicat, rue du Louvre à Paris où j’étais en charge des photographes au sein du SNJ.
On a sympathisé, à la fois, parce que j’étais jeune et peu expérimenté, parce que je donnais moi-même des cours sur le photojournalisme à Paris VIII (ex-Vincennes transférée à Saint Denis) et que j’avais besoin de ses conseils pédagogiques, enfin, quand il a découvert que j’étais né à Monaco, précisément parce qu’il y avait vécu pendant la Seconde Guerre mondiale.
Je me souviens encore de la rue Chabanais où se trouvait le siège de l’ANJRPC, rien moins qu’un ancien et fameux bordel de luxe devenu maison pour officiers allemands pendant la guerre. L’ombre des « petites mademoiselles » planait encore dans les locaux dont certains décors rappelaient toujours le passé sulfureux. Paul, qui en était l’un des piliers, m’a gentiment donné son petit livre intitulé « La photo à la Une. Qu’est ce que le photojournalisme » pour m’aider dans mes cours à la fac. Et nous avons -longuement- parlé de Monaco. Nous avons continué à nous voir ou à nous parler, de loin en loin, jusqu’en 1997.
Paul a vendu deux fois ses archives
A ce moment-là, j’étais devenu réalisateur de documentaires et je préparais un film et un livre sur la principauté pendant la guerre (Une étrange neutralité pour ARTE et, Un Rocher bien occupé aux Edition Le Seuil). Qui aller voir sinon Paul. D’une part, il était un témoin de première main, d’autre part, il avait des archives photos. Je le revois, malicieux, m’expliquant qu’il avait des problèmes d’argent et qu’en fait, il avait vendu ses archives de la guerre… Deux fois ! Un morceau à l’agence AKG, un autre (plus cher) au Palais princier de Monaco. Il n’avait plus rien…
Mais il avait plein de souvenirs. J’allais constater que, comme beaucoup à Monaco, il s’arrangeait avec la réalité. Ainsi, dans la version qu’il a livrée à AKG :
« J’habitais Monaco depuis 1937 et, grâce à mon statut de correspondant d’un pays neutre, les autorités allemandes me délivrèrent pendant l’occupation de la France, un laissez-passer permanent pour circuler entre la zone occupée et la zone libre. »
En vérité, si effectivement il travaillait pour la presse suisse, ce n’est pas seulement parce qu’il était protégé par le consul de Suisse mais, d’abord, en tant que ressortissant Hongrois, pays appartenant à l’Axe avec l’Allemagne et l’Italie. Grâce à ce statut, il obtenait de la pellicule Agfa disponible pour les troupes d’occupation.
Il effectuait des reportages simples en rapport avec la Suisse et plusieurs reportages, textes et photos, sur le « plus petit Etat neutre », ce qui parlait aux Suisses, évidemment.
Paul ne collaborait pas et ne minimisait d’ailleurs pas l’arrestation et la déportation de 66 Juifs de Monaco à l’été 1942 par la police de Vichy. Il était simplement témoin. A l’été 1944, il était encore là pendant les bombardements de la principauté ainsi qu’à la Libération, le 3 septembre 1944. Certes, il m’a fait le récit de la vie quotidienne pendant la guerre à Monaco mais j’avais besoin d’images pour mon film.
Puisque je n’avais pas, à l’époque, accès aux archives monégasques, direction le bureau parisien de l’agence AKG. Mauvaise surprise, ils avaient les photos mais sans avoir la moindre idée de leur contenu. C’est donc moi qui me suis collé à l’identification des images. Grâce à cela, j’ai eu un tarif préférentiel pour mon film et mon livre. J’en ai profité et utilisé ses photos pour les besoins du film. Ancien photographe oblige, en dehors des interviews, j’ai réalisé un film d’archives photographiques dont 130 de Paul. Le film « Monaco, Une étrange neutralité » a été diffusé sur ARTE en 2000.
Paul avait donc vendu le deuxième jeu au Palais princier en 1993. Il me faudra attendre 2014, bien après son décès, pour enfin avoir accès aux archives princières et retrouver ses images. Les archives photo de la Principauté étaient alors dans un immeuble ordinaire, sans précautions particulières. Il y avait des millions d’images mélangées, du daguerréotype à la photo moderne des années 2000. Pour tester l’archiviste de l’époque qui n’avait aucune connaissance en photographie et ignorait totalement ce qu’il avait, j’ai demandé à voir les photos de Paul Almasy… Impossible de les retrouver I Preuve en était que l’archiviste était incompétent, en tout cas concernant le fonds photo.
J’ai donc due faire la fouille moi-même et fini par les découvrir dans une caisse emballée, manifestement jamais ouverte depuis la vente de 1993. Il y avait là : des négatifs Agfa, et un curieux classement sous forme de petites pochettes avec un petit tirage collé dessus. J’y trouvais les images de la Principauté pendant l’Occupation nazi, mais aucun soldat Allemand ni Italien, des images anodines, sans doute celles réservées pour la presse suisse. En revanche, de nombreuses photos de la Libération.
Il y avait trois photographes professionnels à Monaco, Paul ressortissant Hongrois, un Monégasque résistant et un Italien fasciste. Paul, à la différence des deux autres, avait accès à la famille princière notamment la princesse Antoinette de Monaco, petite-fille du prince Louis II et sœur de l’héritier du Trône, Rainier, qui dirigeait une institution de bienfaisance et une soupe populaire.
Pal a photographié toute l’activité de la soupe populaire et les livraisons de ravitaillement par les Etats-Unis en 1942. Avec ces photos, il en a fait une plaquette sans doute à la demande de la princesse. Lors des bombardements qui précédèrent la Libération, Paul racontait à propos d’un Monégasque, un de ses voisins proches, que celui-ci était aux deuxième étage lorsqu’une bombe est tombée :
« j’étais aux toilettes, raconte le voisin, et en tirant la chasse d’eau, toute la maison s’est écroulée en ne laissant que la moitié du mur de mes toilettes et de celles de l’étage inférieur. »
Paul était là, évidemment, pour faire les photos. De même, lorsqu’une bombe est tombée sans exploser, directement sur le capot d’une voiture.
A la demande du prince Albert, j’ai refait un travail sur la principauté pendant la guerre, sous la forme d’un ouvrage très richement illustré Monaco sous l’Occupation (Ed. Nouveau Monde) avec de nombreuses photos de Paul ainsi que des éléments de son témoignage, notamment l’épisode de la bombe non explosée. Ainsi, bien après sa mort, Paul Almasy est resté présent dans celle de la principauté de Monaco, et dans mon histoire personnelle.
- A propos du Washington Post
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