
Le pilote automobile François Cevert (1944 -1973) – Photographie Gérard Wurtz
Collaborateur de Paris Match et des agences Gamma, Sygma, le photographe, reporter Gérard Wurtz, ancien rédacteur en chef du Figaro Magazine, est mort à 86 ans en dînant. Dominique Aubert, qui l’a bien connu, lui rend hommage.
Lorsqu’un jour je questionnai Gérard à propos de sa scolarité, celui-ci me répondit spontanément qu’il s’était fait renvoyer du lycée Faidherbe de Lille à l’âge de quinze ans, après avoir été confronté à une sale bagarre qui avait mal tourné. Gérard Wurtz avait choisi d’affronter, à lui seul, plusieurs individus armés de couteaux. Frappé d’un coup de lame profondément enfoncé dans l’abdomen, il fut grièvement blessé. Il m’avoua avoir voulu prouver à son père qu’il n’était pas un « dégonflé ».
À peine rétabli, il entra à l’École des mousses de la Marine nationale, où il obtint un CAP de mécanicien diéséliste. Plusieurs années plus tard, il fut breveté « plongeur-démineur » : un métier éprouvant où le courage ne s’improvise pas.
Il était bon photographe. Très vite, il s’intéressa de près au photojournalisme. Il devint pigiste pour le journal Paris Match, puis, entouré de ses confrères Bruno Bachelet, Michel Barrault et Michel Piquemal, il créa l’agence France-Match.
Il y réalisa plusieurs « scoops » !
Parmi ceux-ci, le Printemps de Prague, en 1968 : Gérard y arriva clandestinement parmi les tout premiers journalistes, au volant de sa Citroën Méhari bringuebalante. Ses photos furent publiées dans le monde entier.
Lorsqu’il apprit – deux ans avant sa mort – que le général de Gaulle souhaitait être inhumé dans la plus stricte intimité au cimetière de Colombey-les-Deux-Églises, Gérard prit immédiatement la route de la Haute-Marne et convainquit un agriculteur de lui louer à l’année la grange qui offrait une vue imprenable sur le caveau familial des de Gaulle.
Le jour des obsèques du général, alors que la presse mondiale était parquée derrière les murs en contrebas du petit cimetière, Gérard, lui, se trouvait seul, juché sur une échelle dans la maison voisine dont il était devenu le locataire. Depuis son perchoir, il disposait d’une vue en contrechamp unique et exclusive sur la famille rassemblée autour d’Yvonne de Gaulle, qui s’en allait, seule et lentement, silhouette digne vêtue de noir dans ce moment d’histoire. Ses clichés firent, une fois encore, le tour du monde.
Gérard fut aussi l’ami du « Petit Prince » des circuits : François Cevert, pilote de Formule 1 dans l’écurie de Ken Tyrrell aux côtés de Jackie Stewart. Ses reportages connurent un immense succès, notamment après la disparition de Cevert, qui trouva la mort en octobre 1973 lors des essais du Grand Prix des États-Unis sur le circuit de Watkins Glen.
Après un passage à l’agence Gamma, il rejoignit pour plusieurs années Hubert Henrotte chez Sygma, puis devint par la suite rédacteur en chef au Figaro Magazine, où il acheva sa carrière de journaliste.
Gérard fut toute sa vie un photographe talentueux, doté d’un regard sûr, d’une parole humble et précise.
Enfin, il demeura un membre fidèle de la Confrérie des Maîtres Pipiers de Saint-Claude, une fidélité amicale et artisanale qu’il chérissait depuis plusieurs décennies.
Conformément à ses dernières volontés, Gérard Wurtz a souhaité finir sa vie dans la méditation et le dénuement. Il avait pris la décision de ne plus rien posséder afin de se consacrer exclusivement à la prière.
Gérard a finalement cassé sa pipe chez lui, le 3 décembre 2025 à 19 h, alors qu’il prenait paisiblement son dernier repas.
- Gérard Wurtz
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