France, Arles le 7 juillet 2011 – Photographie Geneviève Delalot pour A l’oeil.
De droite à gauche : Jean-Jacques Naudet, Yan Morvan et Michel Puech –

Jean-Jacques Naudet, fondateur de L’Œil de la photographie, est décédé à Paris dimanche 18 janvier 2026 à 80 ans, alors qu’il dirigeait toujours son quotidien de la photo. Il aura mis en valeur de nombreux photographes au cours de sa longue carrière.

Né le 10 mai 1945, Jean-Jacques Naudet débute dans la presse à la fin des années 1960. C’est l’époque où Daniel Filipacchi et Roger Thérond mettent la photographie à la Une avec notamment Paris Match et Salut les copains. Devenu journaliste, iconographe, éditeur, Jean-Jacques va devenir un acteur majeur de la photographie du XXᵉ siècle.

Il devient incontournable comme rédacteur en chef du magazine PHOTO (1976‑1988), contribuant à mettre en valeur l’esthétique et les débats de la photographie contemporaine. Il entretient des relations avec une multitude de photographes dont Helmut Newton, Henri Cartier-Bresson, Richard Avedon, Jeanloup Sieff, Guy Bourdin, Robert Doisneau… la liste est longue.

Jean-Jacques n’a pas froid aux yeux et fait parfois scandale, comme lorsqu’il publie dans PHOTO les cadavres de Jacques Mesrine, tué par la police, et de Renée Hartevelt, dépecée par un jeune Japonais. Ardant défenseur des photographes, il déclare au quotidien Le Monde à propos de la mort de Guy Bourdin :

« On a traité d’enfants gâtés tous les grands des années 60 et 70, alors que c’étaient des créateurs exigeants dans une époque où tout était possible : Penn qui engage Doisneau comme assistant ; Avedon qui voulait couper les arbres des Tuileries car ça lui bouchait une perspective ; Bourdin qui fait poser des chameaux devant le Palais-Bourbon en pleine guerre d’Algérie et se fait embarquer par la police qui croyait à une manifestation en faveur du FLN. »

Une déclaration bien représentative de l’esprit de Naudet, qui ne cachait pas ses convictions, son amour des femmes et des hommes, de la vie. Il aimait les photos mettant en scène la nudité, les sexualités en tous genres, et en publia beaucoup avant que la mode de la liberté de ces années‑là ne laisse place à notre époque plus prude.

Au début des années 1990, il part à New York comme correspondant du groupe Hachette Filipacchi, où il collabore également avec Paris Match, ELLE, Première, devenant l’un des observateurs les plus influents du milieu photographique new‑yorkais avec le magazine American Photo.

Michel Puech publie dans La lettre de la photographie, lettre quotidienne en français et en anglais.En 2010, alors qu’il annonce le déclin du « print », il fonde La Lettre de la photographie, un quotidien bilingue (FR/EN) qui met en valeur sa connaissance des milieux artistiques européens et américains. En septembre, à Visa pour l’Image, Jean-Pierre Pappis de l’agence Polaris nous présente l’un à l’autre. Jean-Jacques aime mon blog A l’œil, alors diffusé depuis 2008 dans le Club Mediapart. Nous débutons une collaboration parfois chaotique. Il veut payer les piges, mais n’en a pas les moyens. Nos disputes professionnelles ne nuisent pourtant pas à une mutuelle affection qui va perdurer jusqu’à son départ.

De gauche à droite et de haut en bas : Magnus Naddermier, Jean-Jacques Naudet, Alex Kummerman, Yan Morvan, Michel Puech, Hana Jakrlova, Sophie Hedtmann, Bernard Perrine, Emiliana Tedesco et Ericka Weidmann © Geneviève Delalot

Sa Lettre de la photographie devient rapidement Le Journal de la Photographie, qu’il cofonde avec un mécène, avant de lancer L’Œil de la photographie en 2013. Sous ses différentes versions, le quotidien de Jean-Jacques Naudet est une véritable école de journalisme en ligne où vont travailler un temps Ericka Weidmann, aujourd’hui à la tête du webmagazine 9live.com, ou encore Jonas Guénin de Blind Magazine. Toutes celles et tous ceux passés par la rédaction de ce quotidien pionnier des newsletters d’actualité photographique ne rendront pas toujours grâce à Jean-Jacques, qui avait pourtant de vraies fidélités. Je ne peux pas oublier de mentionner ici Yan Morvan, fidèle compagnon de Jean-Jacques, pour qui il couvrait les événements photographiques en lui fournissant des galeries de portraits des « people » de la photo.

Membre du jury du festival Planches Contact dès sa création, Jean-Jacques a participé activement à la reconnaissance institutionnelle de la photographie. Auteur de plusieurs ouvrages consacrés aux grandes figures du XXᵉ siècle (Marilyn Monroe et Marlène Dietrich), son œuvre principale reste son quotidien, auquel L’Œil de l’info souhaite confraternellement longue vie.

À sa demande, il n’y aura pas de cérémonie publique : « never explain, never complain », comme il disait fréquemment.

L’Œil de l’info adresse de chaleureuses condoléances à Shiva Naudet, son épouse, à leurs deux enfants, les réalisateurs Jules et Gédéon Naudet, ainsi qu’à leurs familles.

Michel Puech
Si cet article vous a intéressé... Faites un don !