Toutes les photographise : Patrick Frilet

Un toit d’église effondré, plus de cérémonies pour animer le petit village d’Aubais. À l’heure de l’apéro, une idée jaillit — et le photographe est là, en voisin…

« Tout est parti d’une discussion au bar, à l’heure de l’apéro, raconte Patrick Frilet. Depuis quelque temps, on discutait qu’il fallait faire un truc. On n’a plus d’église, il n’y a plus de baptêmes, plus de mariages, plus d’enterrements. Le toit s’écroulait et, depuis deux ans, cette église est fermée pour des raisons de sécurité. Moi, ça me faisait plutôt marrer, mais bon, l’église, ça fait partie du patrimoine. Donc je leur dis que je veux bien me bouger là‑dessus si on trouve une idée. »

Patrick Frilet est un voisin du village d’Aubais, une petite commune de 2 000 âmes dans le Gard, à la limite de l’Hérault. Patrick n’est pas spécialement religieux, mais il aime les traditions. Après plus de quarante ans de bourlingue autour du monde comme photojournaliste diffusé par l’agence Sipa Press, il a développé le concept de Photovoyageurs, en partenariat avec Photographes du Monde. Ses voyages, limités à de petits groupes, privilégient l’immersion, les rencontres et les événements culturels ou religieux, loin du tourisme de masse.

« Donc, à cet apéro — un peu arrosé, c’est vrai — il y en a un qui dit : “S’il le faut, je me foutrais à poil pour l’église.” Un autre a dit : “Moi aussi”, et c’était parti. “Est‑ce que tu fais ça avec nous ?” Moi, c’est une histoire qui me fait marrer, c’est trop bien : à poil pour l’église ! »

« J’ai commencé à me dire : mais qu’est‑ce que je fais ? OK, je vais les photographier à poil, mais comment, dans quelle situation ? Pas de studio, c’est sûr : je ne veux pas faire le calendrier des rugbymen ou des pompiers. Du coup, puisqu’ils sont tous artisans et commerçants, c’est chacun dans son métier. Donc, tous à poil, dans leur profession. Il y a le boulanger, l’élagueur, le manadier et son cheval, le plaquiste, le carreleur, le cuisinier… Ils sont tous dans leur contexte. Mais il fallait une couverture pour ce calendrier… »

« Douze mois, douze apôtres : eh bien, c’est simple, je refais la scène. Je suis reparti de la peinture de Léonard de Vinci et j’ai fait poser les douze mecs dans la même position que les apôtres. Évidemment, les prises de vue n’étaient pas tristes. Il y avait toujours deux ou trois spectateurs en plus. Quelquefois, leurs femmes et leurs copines venaient aussi. Ça a été le gag. On s’est marré tout le temps. Et le buzz a commencé avec le premier coup de fil que j’ai passé à la radio ICI (ex‑France Bleu), puis BFM a enchaîné. France Info, France 2, le Midi Libre, La Provence et même L’Œil de l’info. Après, il a fallu créer une association. Ils l’ont appelée les “Irréductibles Aubaisiens”. Aujourd’hui, l’association a déjà plus de 60 000 €, mais ce n’est pas suffisant pour refaire le toit de l’église. »

Sauver l’église d’Aubais

Dons à partir de 15 €
Chèque à l’ordre de l’association Les Irréductibles Aubaisiens
757, chemin du Mas de Bataille
30250 Aubais
Tél. : 06 14 34 69 32
irréductiblesaubaisiens@gmail.com

 

Michel Puech
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