Oleñka Carrasco (© Marie Docher) et La Chica (© Michael Luppi)

Créé en 2014 par la Fondation Swiss Life, le prix Swiss Life à 4 mains récompense une collaboration artistique entre un photographe et un musicien. Chaque édition biennale, attribue une dotation de 15000 € plus 8000 € de frais de production à chaque artiste. Un ouvrage est réalisé par les Editions Filigrane.

L’oeuvre commune du binôme lauréat circulera dans six institutions culturelles en France jusqu’en 2027: la Fondation Manuel Rivera-Ortiz à Arles, le festival Planches Contact à Deauville, La Chambre à Strasbourg, le Lavoir Numérique à Gentilly, le festival Art Rock à Saint-Brieuc et enfin l’Espace de l’Art Concret à Mouans-Sartoux.

Cette année, 85 duos ont présenté leurs projets. Le jury a délibéré longuement pour départager les cinq finalistes. Avec leur projet « Le Chaos qui me donne la vie. Atlas d’un pays imaginaire » la photographe Oleñka Carrasco et la musicienne La Chica ont décroché le gros lot. La photographe vénézuélienne a émigré en France en 2003, la musicienne franco-vénézuélienne a toujours vécu entre les deux pays.

Si Oleñka Carrasco a été lauréate du soutien du CNAP à la photographie documentaire en 2025, elle se définit comme une artiste transdisciplinaire. Elle utilise la photographie, le dessin et la performance pour explorer des sujets liés à son vécu intime. L’installation est une des pratiques scénographiques qui lui permet de rendre visible les réalités sociales auxquelles elle s’intéresse tout en plongeant le spectateur dans une expérience immersive. En cela, elle s’inscrit parfaitement dans la tendance du moment.

Au moment où le Vénézuela est au coeur de l’actualité, il faut se rappeler que près de huit millions de Vénézuéliens ont quitté leur pays. Oleñka Carrasco a connu le parcours douloureux de l’exil et la migration est au coeur de ses préoccupations. Sa volonté est de proposer un regard alternatif aux images stéréotypées véhiculées par les médias. Dans l’impossibilité de retourner dans son pays, c’est le sentiment profond de l’exil qu’elle souhaite exprimer en creusant le corps évanescent de la mémoire et de l’oubli. C’est ainsi qu’elle a imaginé un atlas imaginaire et sensoriel puisant aux sources des terres ancestrales, de l’Orénoque aux plateaux des Guyanes jusque’à la mer des Caraïbes. Sans entrer au Vénézuela, elle mènera sa navigation onirique dans des pays frontaliers, un territoire qui englobe la zone où elle est née.

Quand Oleñka Carrasco a commencé à réfléchir au prix Swiss Life à 4 mains, elle a immédiatement pensé à la Chica, chanteuse, pianiste et compositrice pour construire avec elle une nouvelle forme de récit documentaire. La Chica, artiste plurielle a grandi entre Belleville et le Vénézuela. De formation classique, piano et violon, sa musique est hybride et multiculturelle. Elle mélange la pop, l’électro, le folk latino avec des éléments classiques. Elle est fortement influencée par Debussy. Son univers scénique poétique est empreint de rites mystiques. Une parfaite compagne de route en effet pour la photographe.

Des brumes de la forêt aux rythmes syncopés du Calypso, musique traditionnelle des Caraïbes, la photographe et la compositrice exploreront la mémoire créole des ouvriers venus exploiter les mines d’or dans les années trente. Elles tisseront ensemble un tissu de souvenirs personnels et universels en interrogeant l’exil comme expérience de rupture. Un genre de chanson photographique qui n’est pas sans évoquer le réalisme magique, mouvement littéraire cher aux sud-américains.

Le site d’Oleñka Carrasco

La Chica sur Youtube

Isabelle Stassart
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