
République islamique d’Iran, Téhéran le 9 janvier 2026 – Centre médico-légal de Kahrizak, dans la banlieue de Téhéran – Photo Sipa press
Depuis le 28 décembre 2025, l’Iran est secoué par une vague de manifestations d’une ampleur inédite réclamant la fin de la République islamique. La réponse des autorités a été une répression brutale menée sous un black-out numérique quasi total, rendant toute vérification indépendante extrêmement difficile.
Mina Rad est une journaliste franco‑iranienne installée à Paris, passée par la BBC, RFI, l’AFP et plusieurs rédactions internationales où elle couvre l’actualité iranienne, les questions culturelles et les enjeux de société liés aux diasporas. Elle développe une écriture engagée sur les droits des femmes, la mémoire iranienne et les échanges culturels entre l’Europe et le Moyen‑Orient. Parallèlement à son activité de presse, elle mène des projets éditoriaux et réalise des documentaires, notamment autour de la transmission et des archives.
République islamique d’Iran, Téhéran le 9 janvier 2026 : Une douille de balle, ramassée lors des manifestations dans le quartier de Seyyed Khandan – Photo : Bahram / Sipa press
« L’odeur du sang et de la mort est partout dans les rues d’Iran », confient des Iraniennes pour décrire l’atmosphère qui règne depuis la répression sanglante des 8 et 9 janvier 2026.
Selon plusieurs ONG et sources de défense des droits humains, le nombre de victimes se compterait en dizaines de milliers. Certaines estimations évoquent plus de 30 000 morts, des dizaines de milliers de blessés, ainsi qu’un nombre très élevé d’arrestations, plus de 300,000. L’agence HRANA parle de plus de 40 000 personnes arrêtées. Le régime, lui, ne reconnaît officiellement qu’environ 3 000 morts et affirme lutter contre des « terroristes » soutenus par l’étranger.
Des témoignages font état de centres de détention improvisés installés dans des écoles, des usines ou des entrepôts. D’anciens détenus évoquent des corps dissimulés dans des lieux non officiels et une volonté délibérée d’installer la peur au sein de la population. Dans plusieurs villes, les forces des Gardiens de la révolution contrôlent les carrefours et les entrées urbaines, instaurant un climat proche du couvre-feu.
Des témoins rapportent que des cadavres auraient parfois été laissés volontairement dans l’espace public : « Les corps étaient empilés les uns sur les autres au bord des rues ou sur des places, pour que les gens voient et aient peur. »
Les familles des victimes subiraient de fortes pressions : restrictions sur les cérémonies funéraires, interdiction d’exprimer publiquement le deuil et, selon certains récits, demandes d’argent pour récupérer les corps ( 10,000 euros par corps). Parallèlement, des syndicalistes, des étudiants et des enseignants ayant dénoncé la répression auraient été arrêtés. Des médecins accusés d’avoir soigné des manifestants blessés figureraient également parmi les personnes interpellées.
Depuis le 8 janvier, l’accès à Internet reste fortement limité. Malgré cela, des vidéos parviennent à sortir du pays au compte-gouttes, montrant des tirs à balles réelles contre des manifestants et un usage généralisé de la force létale.
La contestation s’inscrit aussi dans un contexte de crise économique aiguë : inflation galopante, chute du pouvoir d’achat et grèves dans les bazars. Les prix de produits de base ont fortement augmenté, tandis que le salaire minimum reste très faible.
À l’étranger, la diaspora iranienne multiplie les manifestations et les initiatives politiques pour faire reconnaître les Gardiens de la révolution comme organisation terroriste. Sur le plan diplomatique, les tensions régionales augmentent, mais aucune issue internationale claire ne se dessine.
À l’intérieur du pays, malgré la peur et l’isolement, des voix continuent de s’élever, souvent au péril de leur vie.
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