
© Erik Kessels
Exposition rétrospective des publications d’un collectionneur de photos d’amateurs glanées çà et là pour éclairer des tendance photographiques et certains comportements universels qui traversent les frontières et les époques. Interrogation sur la place des images dans nos sociétés, leur circulation, leur interprétation et le rôle qu’elles jouent dans la construction de nos représentations individuelles et collectives.
Graphiste, publicitaire, éditeur, commissaire d’exposition, artiste et collectionneur méticuleux, Erik Kessels collecte des photos provenant de ventes aux enchères, d’archives, d’Internet ou trouvées sur des marchés aux puces. Il utilise ces photographies vernaculaires et autres archives anonymes pour révéler l’absurdité, la redondance et la cocasserie de ces images sans ambition artistiques, mais qui sont un impitoyable miroir de nos vies dans ce qu’elles ont de plus incongru ou dérisoire. Producteur prolixe de publications thématiques, il s’intéresse aux formes les plus populaires et les plus triviales de la photographie habituellement négligées et exclues du champ sacré du bon goût. Parfaitement banales au premier regard, une fois recombinées, ces images prennent une tout autre dimension, racontant une autre histoire à l’esthétique bancale, une anthropologie mettant en valeur une poésie insoupçonnée et toujours surprenante. C’est le témoignage de gestes, rituels et comportements que nous partageons, inscrits dans l’histoire visuelle de nos sociétés. Une mise en lumière des tendances photographiques du commun et de nos comportements les plus étranges, une révélation qui nous pousse à regarder autrement ce que nous croyons déjà connaître. Une centaine d’ouvrages de formes et d’épaisseurs multiples sont présentés avec, en fond sonore pour se mettre dans l’ambiance, l’enregistrement de quelqu’un en train de ronfler…
Florilège de quelques titres : « Shit » histoire illustrée des soldats allemands faisant leurs besoins pendant la Seconde Guerre mondiale, les guerres arrêtent tout sauf le système digestif. « Pig » images prises dans le restaurant de Montréal Au Lutin Qui Bouffe où nous voyons des clients avec un porcelet sur les genoux, le nourrissant au biberon ou faisant semblant de le découper avec un couteau et une fourchette. « Me TV » (en collaboration avec Thomas Sauvin) présente la même femme chinoise photographiée à plusieurs reprises sous le même angle, dans la même pose et devant la même télévision. « A pictural history of the empty chair » photos de groupes ou d’individus posant à côté d’un siège vide, iconographie d’une absence qui devient remarquable. « The woman who shoots herself » histoire de la Néerlandaise Ria Van Djik qui pendant plus de 70 ans a pratiqué le tir photographique dans des fêtes foraines où chaque fois qu’elle touchait la cible, déclenchait une photo d’elle en position de tir. « MAN » sélection de portraits d’hommes toujours campés au centre entourés de chaque côté du même nombre de femmes. « Incomplete encyclopedia of touch » 1919 photos issues de 15 000 albums de famille, témoignage visuel de l’irrésistible désir humain de toucher des choses, qu’il s’agisse de voitures, de bateaux, d’animaux, d’arbres, de réfrigérateurs, de ponts, de buissons, de rideaux, d’humains ou même de sépultures…
« As far as you can see », exposition d’Erik Kessels, galerie du Jour, Paris, jusqu’au 15 mars 2026
Le site d’Erik Kessels
- Erik Kessels
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