
Thierry Orban – Photo Fabrice Hebrard / Dauphiné Libéré
Champenois de naissance en 1955, le photojournaliste Thierry Orban, grande signature de l’agence Sygma est mot le 2 février 2026. Son collège et ami Claude Thierset ancien redacteur-en-chef de Sygma lui rend hommage.
Camarade, l’ami, notre Thierry,
Il est un paradigme qui m’a toujours accompagné : celui de ramener à bon port celui qui était parti, envoyé en des contrées lointaines ou des territoires proches pour rendre compte des soubresauts du monde, de l’histoire humaine. Cette fois, j’ai échoué. Tu as choisi avec courage et décidé crânement de ne pas revenir de l’obscurité où t’entraînait cette maladie qui t’enlevait petit à petit des pans de ta mémoire et altérait insidieusement ta personnalité. Tout cela, nous le savions. C’est debout que tu voulais t’en aller. Tu l’avais laissé entendre depuis longtemps, mais quelle ne fut pas notre stupeur d’apprendre que tu étais déjà sur le chemin du départ. Petit soldat aux ordres d’autres. Tu m’avais pourtant, peu de temps avant cette funeste nouvelle, fait part de ton espoir d’essayer un nouveau traitement qui pourrait retarder ton mal, que tu savais par ailleurs incurable.
Nous t’avons rejoint : les plus jeunes de tes enfants, Victor, accompagné de Mégane, et Lucie, ton frère Hervé, ton neveu Thomas, et quelques-uns de tes amis : Yves Forestier, Luc Castel, Jacques Langevin, Jacques Chenivesse et moi-même. Ensemble, nous avons vécu quelques derniers moments sous un ciel ardéchois baigné de soleil. De courts instants de bonheur, prolongés lors d’un dernier déjeuner pour cet adieu que nous avons voulu chaleureux autour de toi, empreint de la dignité que nous a inspirée notre profond respect pour toi et le courage de TA décision.
Ainsi, la foudre nous a cueillis. À froid

Ballet dancer Jorge Donn performs Fragments by Maurice Bejart at the Palais des Congres in Paris, France.
Photographie Thierry Orban / Sygma
« La mémoire est une faculté étrange. Certaines choses vous reviennent parfois avec la clarté et la netteté d’un feu d’artifice par une longue nuit noire. D’autres demeurent aussi obscures et floues que des braises mourantes. J’ai toujours essayé de mettre de l’ordre dans mes souvenirs, mais autant tenter d’enfermer la foudre dans une boîte. » (R. J. Palacio, Pony).
Un coup de foudre, et la mémoire se déchire. S’en échappent moult souvenirs vécus ensemble. Des milliers de kilomètres parcourus, des tours du monde, des centaines de reportages. Tu as été un touche‑à‑tout exemplaire. Venu de ta campagne champenoise, tu es monté à Paris pour devenir laborantin, puis ensuite photographe et grand reporter au sein de la prestigieuse agence Sygma où tu as su tout faire. C’est rare, mais ce fut aussi le signe distinctif des grands de Sygma lorsque cette agence tenait son rang parmi les « trois A ». Tu as témoigné avec tes photos de l’histoire du monde — la grande et la petite, la glorieuse et l’anonyme. Tu l’as photographiée avec humilité, au jour le jour, année après année.
Tu nous l’as rappelé en accrochant, il y a quelques mois, aux cimaises de l’église Sainte‑Foy de Mirmande, ton récent fief drômois, puis à Privas et Montélimar, tes plus belles photos des défilés de mode des années 1990, exubérantes, dont les détails flamboyants — ta spécialité, démarrée sur les bordures des terrains de tennis de Roland‑Garros — sont l’empreinte de ton sens de l’observation jamais pris en défaut et de ton inventivité continuelle. Les souvenirs de ces années d’histoire commune nous secouent. Tout revient.
La foudre des souvenirs nous tombe ainsi dessus. Impossible d’oublier. Thierry — le collègue, le compagnon, l’ami — tu es et restes notre guide. Je te remercie très sincèrement pour ta fidélité. Je salue ton courage. Comment enfermer la foudre ? Quel courage au quotidien il t’aura fallu pour mettre cette foudre au service de France Alzheimer, patronyme que tu as dû détester. Thierry, l’ami cher, ta noblesse s’épanouit en ces terres mirmandaises dont tu as été chassé prématurément.
Je me souviens de tes visites à distance de ton jardin, pendant lesquelles tu me récitais les noms des arbres, fleurs et plantes. Tu les énonçais pour faire la nique à ton mal. En regardant aujourd’hui les cieux, je crois voir tes cendres briller comme des étoiles. De là‑haut, tu sais que nous ne t’oublierons pas. Ton affection et ton amitié nous ont été plus que précieuses. Elles demeurent imprimées sur nos rétines. Elles sont gravées en nous.
Claude Therset
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