Gerda Taro, Espagne, 1937. Source : Anonyme / icp.org/Wikipedia

Longtemps restée dans l’ombre de son compagnon de vie Robert Capa, voire occultée, Gerda Taro (de son vrai nom Gerda Pohorylle, née en 1910 à Stuttgart en Allemagne), a été réhabilitée sur le tard dans le monde de la photographie.

Grâce à la fameuse « valise mexicaine » retrouvée en 1995 au Mexique et contenant un ensemble de trois boîtes d’environ 4 500 négatifs de la Guerre civile espagnole, Gerda Taro a été reconnue comme une grande photojournaliste au même titre que Robert Capa (dont elle inventa le nom) et David Seymour rencontrés à Paris au début des années 1930, réfugiés, comme elle, d’Europe de l’Est face à la montée du nazisme.

Elle fut la première femme photojournaliste qui a illustré au plus près la guerre civile espagnole aux côtés des Républicains avec comme seules armes ses appareils photos. Les photos de Gerda Taro et de Robert Capa sont devenues iconiques. Elle est morte le 26 juillet 1937 à l’Escurial en Espagne écrasée par un char alors qu’elle prenait des photos. Lors de son enterrement au cimetière du Père Lachaise à Paris, plusieurs milliers de personnes ont suivi son cercueil.

Pour lui rendre un nouvel hommage, le dessinateur Sylvain Combrouze et le documentariste Fabrice Garate ont publié en septembre 2025 une bande dessinée consacrée à la photographe : « Gerda Taro – Une photographe en guerre ». En près de 250 pages ils retracent à travers un roman graphique agrémenté d’un carnet de photos, la vie hors du commun et le destin tragique de cette femme engagée, antifasciste, pionnière du photojournalisme qui voulait changer le monde avec ses photos. Elle n’y est pas totalement parvenue, mais Gerda Taro a ouvert la voie à d’autres femmes photojournalistes (Catherine Leroy, Françoise Demulder, Susan Meiselas…) qui, comme elle, ont photographié la guerre au plus près, alors que ce terrain a longtemps été réservé aux hommes.

« L’histoire de Gerda Taro me parle » écrit dans sa préface, la journaliste Dorothée Olliéric, grande reporter à France Télévisions. « Dans ces pages, posés sur ces dessins magnifiques, des mots esquissent un parcours qui va vous emporter… Loin comme une danse. Une valse à trois temps : celui de la jeunesse, de la folle vie de reporter et le dernier temps où se fracassent les rêves », poursuit la journaliste. Sous-titrée « La femme qui inventa Capa », cette bande dessinée est un très bon complément des quelques livres consacrés à la (courte) vie de Gerda Taro. Parmi eux, citons celui de sa biographe Irme Schaber (« Gerda Taro, Une photographe révolutionnaire dans la guerre d’Espagne », Éditions du Rocher, 2006), celui de François Maspero, (« L’Ombre d’une photographe, Gerda Taro », Éditions du Seuil, 2006) et le roman d’Helena Janeczek (« La fille au Leica », Actes Sud, 2018).

« Gerda Taro, une photographe en guerre » par Sylvain Combrouze et Fabrice Garate, Editions La boite à bulles, 27€

Note : Le contenu des trois boites a été rendu en 2007 au frère de Robert Capa, Cornell qui les conserve à l’International Center of Photography Museum à New York. Cynthia Young, conservatrice des Archives Robert et Cornell Capa, l’a présentée au public dans une exposition internationale, « The Mexican Suitcase. The Rediscovered Spanish Civil War Negatives of Capa, Chim and Taro », inaugurée à New York en septembre 2010.

Daniel Psenny
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