
Photographie © Yann Stofer
Il a écrit « Sur la route », nouvelle version de la mythologie américaine du voyage, livre considéré comme le manifeste de la Beat Generation au même titre que les œuvres d’Allen Ginsberg et William S. Burroughs. Préoccupé par ses origines bretonnes, Jack Kerouac se rend brièvement en Bretagne en 1965 sur les traces de ses ancêtres.
L’écrivain Pierre Adrian et le photographe Yann Stofer se sont mis dans les pas de l’auteur à la poursuite de son rêve inachevé.
« Nous arrivons enfin à Brest ; c’est le terminus, le bout de la terre » écrit Kerouac dans son livre « Satori à Paris ». Conséquence d’une bringue un peu trop prononcée, il a raté son avion à Orly et décide de sauter dans un train qui l’amène à Brest. Il y est poussé par une obsession: retrouver la trace de son ancêtre Alexandre Louis Lebris de Kerouac qu’une vie tout aussi dépravée que la sienne a contraint à émigrer au Canada. Sans doute déjà assez imbibé et pas forcément aimable, il cherche sans succès à se loger. Il finira par s’adresser au commissariat où les pandores sont assez accommodants pour le conduire en panier à salade jusqu’à l’hôtel Bellevue. Il reste peu de temps dans sa chambre et ressort rapidement de l’établissement à la recherche d’un lieu pour étancher une soif qu’il a grande. « Je me dirige vers le bar le mieux éclairé de la rue de Siam, qui est une grande rue comme celles que vous voyiez, disons, durant les années 40 à Springfield, Massachusetts. »
Ce bar, c’est La Cigale, dont le patron se souviendra plus tard avoir accueilli ce gaillard qui semblait être déjà assez imbibé. Qu’importe, la discussion s’engage et le tenancier envoie son interlocuteur à la librairie de la Cité tenue par son ami Pierre Le Bris qui pourra orienter Kerouac dans sa recherche. L’écrivain racontera cette rencontre qu’il situera dans une nuit peuplée de voyous et de marins en goguette. Le libraire se souviendra d’un homme cultivé, mais qui en avait surtout après sa bouteille de cognac. Finalement, le séjour sera très bref, ne durant que deux jours, l’écrivain reprenant la route, un peu comme on s’enfuit. « Dans la rosée, la brume et la brume. Brest, Bretagne. Et puis j’ai dit adieu, et je m’en suis allé ».
Pierre Adrian et Yann Stofer ont décidé, soixante ans après, de refaire ce périple, sillonnant les rues de la cité bretonne en essayant de retracer l’itinéraire du romancier. Cette équipée, elle-même un peu alcoolisée, donnera le livre « Le rêve inachevé de jack Kerouac. » Avec pour guide « Satori à Paris », cette exploration va conduire le duo dans des rues en pente « qui donnent à la ville un air de San Francisco. » Ils passeront rue de Siam évidemment, traverseront le pont de la Recouvrance, pousseront jusqu’aux monts d’Arrée et feront des rencontres.
« A Brest, je me doutais bien qu’on ne trouverait plus aucune trace du passage de kerouac, mais on rencontrerait un tas de clochards célestes et d’anges déchus. »
L’écriture d’Adrian est affûtée et fort agréable à lire, pleine de formules bien tournées, les photos de son comparse Yann complétant heureusement un récit court, mais parfaitement bien ciselé. « Dans deux cents ans, la Trump Tower ne sera plus qu’un tas de cendres, mais on lira encore Sur la route. » Une douceur comme un caramel au beurre salé, à lire pendant un voyage en train de Paris jusqu’à Brest en écoutant Dan Ar Braz ou Glenmor.
« Le rêve inachevé de jack Kerouac. » Pierre Adrian et Yann Stofer, Editions Actes Sud, 17,90€
- Thierry Borredon
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