
Meknes, Marox, 1985
Photographie Bruno Barbey
Le magnifique espace de la Villa Tamaris juchée sur les hauteurs de la baie du Lazaret dans la rade de Toulon accueille la rétrospective de Bruno Barbey « Visions sur le monde », plus de deux cent tirages retraçant le parcours sur plus de cinquante ans d’un inlassable voyageur.
Photographie Bruno Barbey
Photographie Bruno Barbey
Photographie Bruno Barbey
Photographie Bruno Barbey
Photographie Bruno Barbey
Photographie Bruno Barbey
Photographie Bruno Barbey
Photographie Bruno Barbey
Photographie Bruno Barbey
Photographie Bruno Barbey
« La beauté est dans la rue »
La lumière, l’ocre rouge des murs en pisé , les ombres franches et le bleu profond du ciel, ce sont les motifs qui ont marqué l’enfance de Bruno Barbey grandi au Maroc. Quand à l’âge de douze ans, il débarque à Paris , pensionnaire au lycée Henri IV, la capitale lui paraît terriblement grise et froide. Ce sentiment sera déterminant et le guidera toute sa vie dans sa quête de la couleur.
Si l’exposition déploie toute la palette chatoyante du photographe, elle donne également à voir ses débuts en noir et blanc. Dans les années 60 alors que Bruno Barbey s’ennuie sur les bancs de l’école des Arts et Métiers de Vevey en Suisse, il s’échappe régulièrement en Italie où inspiré par le cinéma néo-réaliste, il se met à photographier la vie quotidienne de ses habitants. « La beauté est dans la rue », c’est un des slogans de Mai 68 et c’est ce qu’il traque à Naples, Milan, Gênes, derrière chaque visage se cache un petit théâtre intérieur, une comedia dell’arte moderne. Les villes offrent un décor naturel, qu’il s’agisse de vieux palais, de cimetières ou encore d’arrières cours délabrées. Ce premier essai photographique lui vaudra de rencontrer l’éditeur Robert Delpire qui l’orientera vers l’agence Magnum Photos qu’il va intégrer en 1966, date à laquelle il commence à travailler en couleur.
Les années 70 sont l’âge d’or du photo journalisme et le jeune Bruno Barbey va être envoyé sur tous les fronts pour couvrir l’actualité, la guerre des 6 jours en 1967, le conflit nord-irlandais, le Vietnam en 1971, la Chine pendant la révolution culturelles, le Cambodge en 1973. Il ne se considère pourtant pas comme un photographe de guerre « ce n’est pas ma tasse de thé « dit-il dans un des films réalisés par son épouse Caroline Thienot-Barbey qui est aussi la commissaire de l’exposition. En mai 68, après un long voyage en Asie du Sud-Est et au Japon, il est de retour à Paris et se retrouve aux premières loges pour suivre les événements. En noir et blanc , il enregistre les affrontements avec la police, l’occupation de la Sorbonne. Avec Jean-Luc Godard et Chris Marker, ils filment leurs photos au banc-titre, nommées « ciné-tracts » et les projettent dans toute la France pour palier au manque d’informations, l’ORTF étant en grève. Sa fille Aurélie Barbey, scénographe de la rétrospective, raconte qu’elle a découvert à sa grande surprise dans son manuel d’Histoire une des photos de manifestation musclée prise par son père.
« Un Maroc qui perdure »
Au quotidien, la famille Barbey baigne dans la photographie, dès le petit déjeuner on trie les pellicules et le soir autour du dîner, ce sont des discussions autour de l’actualité de l’agence Magnum Photos. Les voyages s’enchaînent et la couleur du photographe s’affirme comme un véritable langage qui va faire beaucoup d’émules. Il est en effet l’un des premiers à l’utiliser alors que le Noir et Blanc reste à l’époque la marque d’une photo noble dite artistique. Le Maroc cher à son coeur demeure sans doute son travail le plus connu, il y revient régulièrement à la recherche de cette chaleur qui lui a tant manqué, « Un Maroc qui perdure » selon ses termes. Son livre « Maroc » publié par les Éditions de la Martinière en 2023 et préfacé par J.M.G Le Clézio est aujourd’hui très recherché. L’exposition s’ouvre sur cette série qui fait face à son exploration de l’Inde où il a séjourné plusieurs fois à partir de 1974. Dans les étages de la Villa Tamaris, on peut suivre les pérégrinations du photographe, l’Afrique , le Brésil, le Portugal, les pays de l’est, le Koweit, le Japon, l’extrême orient. Bruno Barbey sillonne la planète alternant les commandes pour de prestigieux magazines, National Geographic, Time, Newsweek, Stern et ses recherches personnelles. Toujours proche de l’humain, il aime aussi surplomber les scènes de foule pour les dépeindre.
Dans son livre « L’année du crabe » (E. Robert Laffont 1972), Olivier Todd compare une de ses photos de manifestation à Tokyo à un tableau d’Ucello. En 2016, Bruno Barbey a été élu membre de l’Académie des Beaux-Arts de l’Institut de France en même temps que Sebastião Salgado et Jean Gaumy.
Exposition «Visions du monde », Bruno Barbey,
Villa Tamaris, La Seyne-sur-mer, jusqu’au 07 juin 2026
- Bruno Barbey
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