
Christian_Ducasse (2008) Photographie ©Gérard Bousquet
Le photographe Christian Ducasse est décédé à Coutances le 3 février dernier à 72 ans. Il était l’une des figures marquantes de la photographie de jazz et du photojournalisme depuis la fin des années 1970. Nous publions l’hommage de son camarade et ami Patrick Bard.
Christian Ducasse nous a quittés. Il y a peu encore, à l’automne dernier, nous évoquions nos combats pour « Le droit d’ingérence de l’oeil ». Au cours des années passées à ses côtés, j’ai appris de lui maintes leçons. Leçons d’humanité et de respect, de discrétion et d’humour. Aux mots d’ « adversaire » ou d’ « ennemis », Christian préférait celui de « contradicteur », tout comme il préférait « communauté » à « corporation » et « cotisations sociales » à « charges sociales ».
Jamais je n’ai vu sa sensibilité ni son empathie prises en défaut, qu’il s’agisse de soutenir un confrère en détresse ou de rendre hommage à nos aînés en photographie, Robert Doisneau ou Roger Pic dont il organisa les célébrations des 80 ans. Souvent, Christian avait mal au monde, blessé par sa rudesse, par le mépris dont notre métier était parfois l’objet. Lui qui aimait honorer ses semblables, musiciens ou photographes, lui qui défendait le droit d’auteur, le respect du nom de l’auteur, fuyait les honneurs et la lumière. Ses photographies, pourtant, faisaient swinguer les note bleues du jazz qu’il aimait tant et qui vibraient en lui.

Roger Pic, Guy Le Querrec, Henri Cartier Bresson, Martine Frank
Photogaphie Christian Ducasse
Photographie Christian Ducasse / Gamma-Rapho
Photographie Christian Ducasse / Gamma-Rapho
Mais photographier n’était pas assez pour cet amoureux du partage qui organisa tant de concerts en ambassadeur de la musique. Des années durant, à l’Association Nationale des Journalistes Reporters Photographes et Cinéastesdont il fut le secrétaire puis, à l’Union des Photographes et Cinéastes devenue l’Union des Photographes Professionnels, et plus tard dans nos sociétés d’auteurs, il aura été de tous les combats, sans jamais faire défaut, sans jamais renier ses convictions et ses valeurs, mais également sans jamais assener de certitudes, toujours à l’écoute, dans le respect de ses interlocuteurs. Sa voix, encore récemment entendue au téléphone, résonne encore en moi, avec cette pointe d’accent ramenée de Marseille.
Nos conversations finissaient invariablement par un « à suivre » qui était sa signature verbale. Christian n’était pas seulement un homme solidaire, un militant, un grand photographe de jazz – il aurait détesté que je dise cela -, un amoureux des blues en mineur, il était également un orfèvre du langage, recherchant toujours la précision des mots, approfondissant sans cesse sa réflexion sur nos sociétés et nos pratiques. Il reste en moi, en nous, et au moment où j’écris ces lignes, mes pensées vont vers ceux qu’il aimait tant, sa femme Josephine et son fils Henri.
Photojournaliste, romancier, écrivain-voyageur, Patrick a notamment travaillé sur la banlieue, les frontières et les routes. Son premier roman, « La frontière », a reçu le prix Michel Lebrun (2002), le prix Brigada 21 (Espagne, 2005) et le Prix ancres Noires 2006. Membre de la Maison de photographes signatures-photographies.com, il mène un travail personnel sur la problématique de l’eau en Amazonie et sur les peuples autochtones des Amériques. Son travail photographique a été exposé au Centre Pompidou, à la Grande Halle de la Villette, mais aussi au Mexique, en Espagne, en Angleterre, aux États-Unis… Son site
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