
Apanas, Pjotr, Sibérie, 1993 © Bertien van Manen
Après une présentation à Guingamp au Centre d’art Gwinzegal, le Centre d’art et de photographie de Lectoure expose le travail d’une figure majeure de la photographie documentaire contemporaine. Bertien van Manen après un début de carrière dans la mode, s’éloigne de ce milieu pour se consacrer à un travail de terrain au fil de nombreux voyages en Europe, aux États-Unis, dans l’ex-URSS et en Chine.
Bertien van Manen a développé une approche profondément humaine de la photographie, fondée sur la proximité, la confiance et le temps partagé. C’est l’œuvre d’une femme forte et libre, qui se distingue par une écriture visuelle intime et subjective, attentive aux gestes et aux instants ordinaires.
Loin du spectaculaire, Bertien van Manen s’est attachée à montrer la vie telle qu’elle se passe dans les espaces privés, cuisines, salons, chambres, le matin ou le soir. Avec discrétion et empathie, son travail est une réflexion sensible sur ce qui relie les individus au-delà des frontières politiques et sociales. C’est la découverte du livre « Les Américains » de Robert Frank, qui agira comme un déclencheur. Elle y trouve la voie qu’elle souhaite emprunter, ne plus illustrer le monde, mais le vivre au plus près des communautés qui le compose, une posture qui guidera l’ensemble de sa démarche. Dans le contexte du redressement économique des Pays-Bas d’après-guerre, marqué par l’arrivée massive de travailleurs immigrés puis de leurs familles à partir des années 1970, elle va s’intéresser à ces communautés souvent marginalisées. Cette série fondatrice affirmera son engagement et posera les bases de son style : photographier avec simplicité des milieux relativement fermés, en s’inscrivant dans leur quotidien.
« Personne n’avait jamais accordé la moindre attention à la première génération de femmes qui, issues de Turquie, du Maroc, d’Espagne, d’Italie, du Portugal, de Yougoslavie ou de Grèce, avaient migré dans d’autres pays d’Europe pour travailler. J’ai décidé de me concentrer sur les Pays-Bas. Personne n’avait conscience de leur existence parce qu’on les voyait à peine. Elles restaient enfermées dans leurs chambres et n’étaient pas autorisées à grand-chose. Je les ai un peu fait sortir de l’ombre (…) et j’en suis fière. Je les ai photographiées chez elles, au travail, pendant des fêtes. La plupart des femmes dont j’ai réalisé le portrait étaient d’origine campagnarde, elles avaient suivi leur mari et se retrouvaient du jour au lendemain cloîtrées dans un petit appartement au troisième étage d’un immeuble.»
Entre 1985 et 1993, elle effectue huit séjours dans les Appalaches, voyageant seule à travers plusieurs États américains, à la recherche de femmes travaillant dans les mines et partageant la vie de familles de mineurs. Elle fera le choix de photographier avec un matériel discret pour préserver la spontanéité et l’intimité de celles et ceux qu’elle photographie.
Ensuite, dès les années 1980, elle se rend également en Russie, Moldavie, Kazakhstan, Ouzbékistan et Ukraine où elle séjourne longuement chez l’habitant. L’effondrement du régime soviétique facilitera les rencontres. Refusant les clichés misérabilistes, elle recherche une beauté brute, faite de tensions et de chaleur humaine. Délaissant le noir et blanc, qu’elle juge trop romantique, elle adopte alors la couleur. Entre 1997 et 2000, Bertien van Manen se rend à quinze reprises en Chine. Ses images, prises dans des lieux publics comme privés, témoignent des mutations de la société chinoise contemporaine : nouvelles sociabilités, loisirs, influence occidentale. Avec patience, curiosité et une grande délicatesse, elle parvient à capter des scènes de vie intimes, offrant un regard rare sur le quotidien des Chinois, loin des représentations officielles.
Exposition « Les échos de l’ordinaire », Bertien van Manen, Centre d’art et de photographie de Lectoure, jusqu’au 03 mai 2026
- Musée de la photographie de Charleroi
Gregory Crewdson, hydraulic empire
et de beaux assassinats - 27 février 2026 - Bertien Van Manen
Les échos de l’ordinaire - 27 février 2026 - Musée de la Libération
« Robert Capa, photographe de guerre » - 20 février 2026








