
Le parcours des reporters (en bleu) en Ukraine, de Soumy, au nord, à Kherson, au sud, le long des 1 300 km de la ligne de front (carte arrêtée au 17 février). Paul Coulbois pour La Croix L’Hebdo
Quatre ans après l’invasion de l’Ukraine par la Russie, le 24 février 2022, le grand reporter Lauren Larcher et la photojournaliste Virginie Nguyen Hoang ont sillonné toute la ligne de front à la rencontre des Ukrainiens qui vivent la guerre de près. Un voyage de 1 300 km qui débute tout au nord de la ligne de front, à Soumy. La ville vit sous la menace permanente des drones et des missiles et s’achève à Kherson. Une série exceptionnelle qui méritera une citation au prochain Prix Bayeux des correspondants de guerre. A lire absolument.
Dans une présentation des neuf articles publiés Laurent Larcher écrit :
« Depuis quatre ans, la guerre entre l’Ukraine et la Russie nous accompagne. Tous les jours, nous lisons, nous entendons, nous voyons et nous écrivons des analyses, des reportages sur ce conflit majeur. Mais nous n’avons jamais encore raconté cette guerre en longeant toute la ligne de front, soit 1 300 km, de Soumy à Kherson. C’est ce que j’ai voulu faire, pour nous, qui regardons ce conflit de loin, pour les Ukrainiens, qui en paient le prix le plus lourd. Je vous entraîne donc avec moi, vous y verrez les lieux de cette guerre, les villes, les villages, les champs de bataille à travers mon regard, mes questions, les mots que je pose sur ce que nous entendons, voyons et vivons tout le long du front. Vous y rencontrerez les civils que nous avons croisés, les enfants et les vieillards, les femmes et les hommes, et même les animaux – en particulier les chats. Vous verrez ce qu’ils subissent, comment ils s’adaptent, l’endurance dont ils font preuve, et c’est dur, et c’est triste, et c’est admirable. Je vous conduis aussi auprès des soldats, ceux qui se reposent, ceux qui combattent dans la « killing zone », là où ils s’enterrent, où ils tuent, sont blessés et tués.
Tout au long du front, il y a aussi de l’innocence, si fragile, si vulnérable et pourtant si magnifique et bouleversante. Je le savais avant, je le sais encore plus aujourd’hui, dans le chaos, là où l’esprit de destruction règne, l’innocence se manifeste aussi et sauve du désespoir et de l’anéantissement intérieur.
J’ai fait cette route avec deux personnes. Un Ukrainien, Rostislav Tsyre, notre « fixeur », qui avait la lourde de tâche de nous conduire, de s’occuper de la logistique et de nos relations avec les officiels. Et la photojournaliste belge Virginie Nguyen Hoang. En mémoire de sa consœur Camille Lepage, avec qui j’avais travaillé en Centrafrique en 2013 avant qu’elle y soit tuée le 12 mai 2014, j’avais proposé au service photo de La Croix L’Hebdo de faire signe à une photographe de sa génération. Leur choix s’est porté sur Virginie. Ce reportage est aussi son reportage. »
« Comment raconter cette guerre avec justesse ? »
Pour sa part Virginie Nguyen Hoang s’interroge :
« Je suis Virginie Nguyen Hoang, photojournaliste belge, cofondatrice du Collectif Huma et membre de l’agence Hans Lucas depuis 2012. Je me rends en Ukraine pour la première fois en 2015 afin de documenter l’impact de la guerre du Donbass sur les habitants de Marioupol et le quotidien de soldats ukrainiens alors très peu équipés. Après le début de l’invasion à grande échelle en 2022, je retrouve certains d’entre eux et raconte la vie des civils vivant à proximité du front. Très vite, je comprends que cette guerre n’a plus rien de comparable avec celle que j’avais connue auparavant, ni avec aucun autre conflit que j’ai couvert. Tous les types de combats et d’armements semblent s’y concentrer, avec une intensité inédite, renforcée par l’usage massif des drones, faisant de ce conflit une guerre technologique. »
« Quatre ans plus tard, de Soumy à Kherson, de Kharkiv à Zaporijjia, la destruction est omniprésente, physique comme psychologique. Des vies sont brisées en quelques secondes. Pourtant, les Ukrainiennes et les Ukrainiens résistent. Comment raconter cette réalité avec justesse lorsque l’on rentre chaque mois dans le confort européen, loin des sirènes, des coupures d’électricité et des bombardements ? Sans ressentir la culpabilité d’être ici et non « là-bas » ? En mars 2025, j’ai donc décidé de m’installer à Kiev pour être aux côtés des Ukrainiens et continuer à témoigner, au plus près, de ce qui pourrait demain arriver en Belgique, en France ou ailleurs en Europe. J’étais une amie proche de la photojournaliste Camille Lepage, tuée en Centrafrique en 2014. Nous avons découvert ce lien avec Laurent Larcher. Si sa présence physique n’est plus, elle était pleinement présente dans notre reportage. »
La série d’articles sur le web
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Les auteurs : Virginie Nguyen Hoang et Laurent Larcher
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