Landing Beach Normandy France May 1944 USAF & Royal Navy copie Collection privée Dominique Aubert

Il est parfois des trésors qui réapparaissent entre les mains de collectionneurs avertis. Cette remarquable série de tirages argentiques, réalisée moins d’un mois avant le Débarquement, en fait incontestablement partie. Ces photographies montrent avec une précision saisissante les dispositifs défensifs installés par les Allemands le long des côtes normandes afin de contenir une future invasion alliée.

Le 6 juin 1944, les soldats américains ; comme l’ensemble des forces alliées engagées dans le Débarquement ; prennent pied sur les plages à marée basse montante, c’est-à-dire peu après le début de la remontée de la mer.

Ce choix est capital sur le plan tactique.

Les Alliés veulent impérativement que les premières vagues d’assaut puissent distinguer et éviter les innombrables obstacles disséminés sur les plages : pieux métalliques, hérissons tchèques, rampes minées, troncs inclinés garnis d’explosifs, barbelés ou champs de mines. À marée haute, ces pièges auraient été invisibles sous l’eau et auraient provoqué des pertes catastrophiques parmi les barges de débarquement.

À l’inverse, débarquer à marée trop basse aurait contraint les soldats à parcourir une distance beaucoup trop importante à découvert, sous le feu direct des défenses allemandes.

Un compromis fut donc adopté : une arrivée peu après la marée basse, avec une mer remontant progressivement, au lever du jour.

Durant tout le mois de mai 1944, les plages de Normandie furent méthodiquement photographiées et étudiées grâce à d’intenses missions de reconnaissance aérienne alliée.

Britanniques et Américains utilisent alors des avions spécialement aménagés pour la photographie aérienne, notamment des Supermarine Spitfire PR, des De Havilland Mosquito, des Lockheed P-38 Lightning ainsi  que  certains  North  American  P-51  Mustang. Rapides, souvent non armés, capables d’évoluer à haute altitude comme au ras des flots, ces appareils sillonnent inlassablement le littoral normand afin de cartographier les plages, les batteries côtières, les routes, les voies ferrées, les ponts, les zones inondées et les obstacles antidébarquement.

Leurs objectifs photographiques fouillent chaque détail du terrain. Rien ne doit être laissé au hasard : ni une casemate, ni un réseau de barbelés, ni une batterie dissimulée derrière une dune ou un talus.

Avant même que le premier soldat ne pose le pied sur le sable, la Normandie avait déjà été conquise par l’œil froid des appareils photographiques.

Les caméras aériennes les plus couramment utilisées étaient notamment des Fairchild K-17, capables de produire des négatifs de (9

× 9 inches ; 23 × 23 centimètres) ; au format parfaitement carré, caractéristique de nombreuses photographies de reconnaissance alliées réalisées à la veille du Débarquement.

 

Dominique Aubert
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