
Fort Lauderdale, Floride, 1966. Photo: René Burri/Magnum Photos
Un nouveau festival de photographie prend désormais ses quartiers à Provins, en Seine-et-Marne. Une initiative aussi audacieuse que prometteuse, qui mérite assurément le détour. A voir jusqu’au 27 septembre 2026.
Si Provins est avant tout renommée pour sa cité médiévale, inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO, la ville entend désormais s’imposer également comme une terre de photographie. La première édition de son festival, récemment inaugurée, témoigne de cette ambition. Portée par deux passionnés, Sabine Guedamour et Sébastien Mariau, la manifestation se déploie autour de deux axes complémentaires : la création contemporaine et l’histoire du médium photographique.
Si cette édition inaugurale demeure encore mesurée dans son ampleur, elle se distingue par la qualité de sa programmation et affirme déjà une ambition claire : faire de ce rendez-vous un événement artistique annuel incontournable, où se conjuguent photographie, patrimoine et convivialité. Pour les visiteurs arrivant par le train, le parcours débute naturellement dans les espaces mêmes de la gare, qui accueillent une remarquable exposition consacrée à Erwin Blumenfeld. Photographe allemand naturalisé américain, Blumenfeld demeure l’une des figures majeures de la photographie de mode du XXe siècle. Ses images, publiées notamment dans Harper’s Bazaar et Vogue au cours des années 1950, ont profondément renouvelé les codes esthétiques du genre par leur inventivité formelle et leur modernité. L’itinéraire conduit ensuite jusqu’à l’église Sainte-Croix, où le photojournalisme est mis à l’honneur à travers une projection des œuvres de René Burri, accompagnée de la restitution de la résidence menée par Fred Delangle.
Membre de l’agence Magnum, René Burri compte parmi les plus grands témoins photographiques de la seconde moitié du XXe siècle. Des États-Unis à la Chine, en passant par de nombreux autres pays, son regard a accompagné et documenté les grands bouleversements de son époque. À l’opposé de cette photographie du monde en mouvement, Fred Delangle livre une vision intime, apaisée et singulière de Provins. Arpentant la ville à la nuit tombée, il en révèle une dimension presque irréelle. Ses images, d’une grande puissance évocatrice, baignent dans une atmosphère énigmatique où les rues désertes, privées de toute présence humaine, semblent suspendues hors du temps. L’obscurité y efface les repères familiers pour ouvrir un espace propice à l’imaginaire. Le parcours se poursuit à la médiathèque, où sont réunies les œuvres de sept artistes ayant choisi de recourir à des procédés photographiques anciens. Cette présentation constitue une stimulante invitation à redécouvrir l’histoire des techniques photographiques tout en mesurant leur résonance dans la création contemporaine. Enfin, un détour s’impose par la boutique d’encadrement des fondateurs du festival, qui accueille les photographies d’Estelle Lagarde. Son travail explore les thèmes du temps, de la mémoire et de l’effacement progressif des repères spatiaux et temporels. À travers des mises en scène maîtrisées, elle compose un univers empreint de mystère, où la réalité semble constamment se dérober. Cette première édition offre ainsi une promenade photographique particulièrement séduisante, où dialoguent patrimoine, création et histoire de la photographie. Plus qu’un simple galop d’essai, elle pose les fondations d’un festival dont on peut raisonnablement penser et souhaiter qu’il s’imposera, dans les années à venir, comme un rendez-vous majeur du paysage photographique francilien.
Entretien avec les fondateurs Sabine Guédamour et Sébastien Mariau
D’où vient cette idée un peu folle de monter aujourd’hui un festival de photo ?
Pour Sabine, c’est vraiment un rêve de jeune adulte quand elle vivait aux Etats-Unis, avec l’idée de promouvoir l’histoire de la photographie. C’était une époque où les procédés anciens étaient en déclin, l’ère du numérique commençait et il y avait une déconnexion par rapport à cette histoire. Maintenant clairement ces procédés sont revenus, mais on voulait faire quelque chose dans le cadre du bicentenaire. En 2024 on avait déjà monté ici un salon des métiers d’art, avec un forgeron, une céramiste, un ébéniste, etc, qui a duré trois week-ends au moment des journées du patrimoine. Ca nous avait beaucoup plu, mais on avait vraiment envie de revenir à la photographie. Juste après ce salon, on a croisé le maire à un événement et on lui a dit qu’on aimerait bien faire un festival de photos. Ca lui a plut et il nous a demandé de lui faire une proposition. On a commencé à monter le projet avec plusieurs idées. On voulait faire quelque chose qui soit lié à l’histoire de la photographie, mais aussi on voulait soutenir la création contemporaine. Sabine, qui avait travaillé presque dix ans en galerie, avait pas mal de connaissances, un réseau de gens dans le domaine de la photo, ça a été utile. Et ce qui nous plaisait aussi, c’est ce vrai lien qu’on peut ressentir entre une ville et un projet. Et puis on avait aussi envie d’aider notre ville. Parce les gens souvent se plaignent, qu’il n’y a rien qui se fait, mais on s’est dit que justement il fallait se bouger et clairement il y a des possibilités. On peut avoir des élus qui sont à ton écoute et qui vont te soutenir, mais bon il faut être très pro, être sérieux et travailler. C’est vrai que c’est beaucoup de boulot.
Vous êtes vous inspirés d’autres festival?
Le Festival du Regard de Cergy et surtout Planches Contact à Deauville qui nous a beaucoup inspiré.
Quelle est l’identité de la manifestation ?
C’est d’une part le soutien à une création contemporaine, ce qui est vraiment important parce c’est quand même compliqué pour les photographes de vivre de leur travail. Et l’autre chose, c’est l’histoire de la photographie.Et aussi apporter ça à la population de provins qui peut-être ne connaît pas bien la photographie. Faire que ce ne soit pas qu’à Paris qu’on puisse avoir accès à cet art.
Comment est-ce financé ?
C’est quelque chose dont on a tout de suite discuté avec le maire. La moitié du financement vient de la mairie, le reste de la communauté de communes. On a aussi contacté le département, l’ADAGP, la SAIF, etc. mais ils ne soutiennent pas les premières éditions. Au final on a eu 10 000 euros en gros. Ce n’est pas énorme, mais la mairie nous met à disposition des lieux pour exposer, le personnel municipal nous aide et il y a la prise en charge de la com et du vernissage. On sent qu’il y a une vraie volonté de nous aider
Comment voyez vous l’avenir ?
On a fait la visite avec le maire et le directeur des affaires culturelles récemment, et déjà ils ont envie de faire une deuxième édition. Il ne s’agit pas de développer beaucoup plus que ce qu’on a fait, on va y aller doucement. Parce qu’il se passe déjà pas mal de choses à Provins, ce qui mobilisent des moyens financiers et humains, et on arrive à une période de l’année où il y a déjà pas mal d’activités qui sont déjà prises en charge par la mairie. Donc il faut qu’on arrive à trouver la bonne formule. On s’est même posé la question de changer de date, mais le faire en été est le plus opportun.
Il y aura donc une deuxième édition l’année prochaine ?
Normalement oui. Le maire nous l’a tout de suite proposé. On doit se retrouver fin juillet, pour discuter des budgets, pour faire le point aussi, examiner la fréquentation pour faire le bilan. Mais comme il y a une vraie volonté, donnons nous rendez-vous l’année prochaine.
Festival « Comme des images », Provins, jusqu’au 27 septembre 2026










