
Manille, Philippines. Photo: Hannah Reyes Morales
C’est une installation immersive de projections de diapositives. Le projet rassemble les photographies de vingt photojournalistes contemporains sélectionnés par l’artiste chilien Alfredo Jaar, qui ont chacun puisé dans leurs archives pour choisir l’image la plus douloureuse et l’image la plus porteuse d’espoir de leur carrière. A voir à Photo Elysée, Lausanne, jusqu’au 1er novembre 2026.
L’exposition « Inferno & Paradiso », présentée à Photo Elysée de Lausanne, réunit quarante photographies de vingt photojournalistes, choisis par Alfredo Jaar pour leur capacité à saisir, dans toute sa complexité, l’humanité de notre époque. De l’Ukraine à l’Argentine, de Gaza à New York, du Congo aux Philippines, ces photographes témoignent des crises qui traversent notre société, mais aussi des joies et des bonheurs qui la constituent.
C’est la dualité de notre monde, tiraillé entre enfer et paradis, qui est à l’origine de ce projet. Plongé dans une salle obscure, le public découvre vingt projections simultanées, diffusant chacune une image incarnant soit l’enfer, soit le paradis. Les séquences changent toutes les vingt minutes, alternant entre les deux univers. Ainsi, le public est immergé durant vingt minutes dans un environnement visuel dominé par l’un des deux registres, avant de basculer dans l’univers opposé.
« Le temps moyen qu’un spectateur passe devant une œuvre d’art dans un musée ou une galerie est de 3 secondes. Imaginez tout le temps, le travail et le dévouement qui sont nécessaires pour créer une image, et quelqu’un marche juste devant elle pendant 3 secondes! Dans le cas de « Inferno et Paradiso », les photographes se sont rendus au bout du monde et ont risqué leur vie pour obtenir ces images ! Donc, je cherche toujours des stratégies pour ralentir les spectateurs, pour les faire nous donner plus de temps et pour exiger qu’ils fassent un réel effort pour voir. Dans ce projet, j’ai créé une situation où le spectateur est pratiquement obligé de passer du temps dans l’exposition.
Parce que s’ils ne le font pas, ils manqueront la moitié du spectacle. »À travers ce parcours immersif, Alfredo Jaar invite le public à interroger les émotions suscitées par ces photographies de joie et de douleur. Dans une société saturée par le trop-plein d’images, c’est l’affirmation que le médium photographique n’a pas pour autant perdu de sa puissance d’impact. Cette installation immersive s’inscrit dans la pratique multidisciplinaire d’Alfredo Jaar, qui questionne les déséquilibres de pouvoirs et les fractures sociopolitiques engendrées par la mondialisation et le capitalisme. Le projet offre une réflexion précise et exigeante sur le rôle de l’image photographique et des médias dans la société contemporaine, et sur la responsabilité de celles et ceux qui les utilisent.
« Le photojournalisme est devenu, sans aucun doute, la forme de résistance la plus essentielle et la plus cruciale en ces temps obscurs. Sans le photojournalisme, pratiqué aussi bien par des professionnels que par des citoyens engagés, notre humanité, ou ce qu’il en reste, s’effondrerait complètement. Et sans humanité, comme le suggérait Nietzsche, la vie serait une erreur. Il n’y a rien de plus puissant qu’un regard qui active un cerveau, qui active un cœur, lequel réactive à son tour le cerveau. Ce processus est ce qui nous rend humains. Et si nous reconnaissons notre humanité, alors nous ressentirons le besoin de trouver de nouvelles façons de vivre ensemble. Ce que fait au contraire la violence omniprésente, c’est nous déshumaniser. La photographie peut nous rendre à nouveau humains. La photographie peut nous sauver. »
« Inferno & Paradiso », Alfredo Jaar, Photo Elysée, Lausanne, jusqu’au 1er novembre 2026
- « Inferno & Paradiso »
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