
Attaque de drone FPV en plein centre de Kramatorsk le 2 septembre 2026.
Photographie Thierry Birrer
Troisième épisode de la chronique de Thierry Birrer à travers l’Ukraine. Après « Pourvu que mon chemin évite les bombes » et « Mon chemin a croisé les drones mais aussi les ornières » Thierry Birrer est sur le retour, fatigué et éprouvé comme le raconte ce dernier épisode.
« Si c’est notre dernière photo,
autant qu’elle soit faite par un pro ! »
Depuis le 6 juillet 2026 que je suis en Ukraine, clairement hier, 2 septembre, a été ma pire journée. Pour moi comme pour tous les Ukrainiens que j’ai côtoyés. Je ne sais que retenir de Kramatorsk, classée « zone de guerre » depuis le 24 août …
Cette frappe de drone FPV qui a visé le 4×4 face auquel j’allais me garer ?
Ce second drone FPV quelques minutes plus tard qui a frappé la voiture de police qui intervenait sur cette première frappe ?
Le regard terrorisé de ce vieillard qui me dit – et je l’entends comme lui – qu’un troisième drone FPV est au-dessus de nous ?
Ce sentiment très particulier qu’un enculé de droniste russe a repéré ma voiture et qu’il n’attend que le moment où je remonte dedans pour me viser et ce sentiment tout aussi particulier de se sentir proie 1500 mètres durant ?
Le regard perdu, pourtant allumé d’un sourire filigrané, de cette jeune serveuse qui pense peut-être qu’elle sert son dernier café quand une déflagration ébranle le bâtiment et que je pense simultanément que c’est peut-être mon dernier café ?
Cette employée de mairie qui balaie méthodiquement une place que plus personne ne fréquente parce qu’il n’y a pas de filets de protection alors que l’alarme retentit une nième fois ?
Cette vingtaine de bombardements par heure trois heures durant, dont deux à moins de 500 mètres ?
Ces barbelés et ces filets omniprésents ?
Ces deux soldats en permission, Yuri et Vasilii, qui me demandent une photo en me disant : « Si c’est notre dernière photo, autant qu’elle soit faite par un pro ! » ?
Ce rouleau compresseur russe qui ne sait qu’avancer en pulvérisant les villes qu’il veut prendre ?
Cette photo que j’adresse à mon fils et à un de mes directeurs de publication en leur disant que c’est peut-être la dernière photo qu’ils reçoivent de moi parce que j’ai été fixé par un droniste russe ?
Cette station-service dronnée alors qu’une voiture et une camionnette y faisaient le plein et qu’il n’en reste plus que des carcasses métalliques calcinées ?
Cette mamie qui, résignée, traîne lentement son caddie sans rentrer dans l’abri qu’elle longe alors que l’on nous annonce qu’une bombe KAb se dirige sur la ville ?
Ces véhicules militaires Mad-Maxiens tous plus étonnants les uns que les autres ?
Ce soir, je ne sais pas choisir. Surtout, je suis infiniment triste de ce que subit le peuple ukrainien.
1er partie
« Pourvu que mon chemin évite les bombes »
2ème partie
« Mon chemin a croisé les dronesmais aussi les ornières »
Tous les articles de Thiery Birrer
- Ukraine
« Mon chemin à Kramatorsk en zone de guerre » 3ème partie - 4 septembre 2026 - Ukraine
« Mon chemin a croisé les drones
mais aussi les ornières » 2eme partie - 28 août 2026 - Ukraine
« Pourvu que mon chemin évite les bombes »
1ère partie - 10 juillet 2026




