
Photographie: Hervé Cafournet
C’est, sans aucun doute, l’initiative la plus originale des commémorations du bicentenaire de la photographie. La Malle des bicentenaires (le pluriel a son importance) propose une expérience inédite : réunir des milliers de photographies réalisées en 2026, les enfermer dans une malle et attendre 2039 pour les découvrir. Une capsule temporelle qui entend transmettre aux générations futures un témoignage de notre époque et de ses pratiques photographiques.
À l’heure où des milliards d’images sont produites, diffusées, partagées, commentées et oubliées chaque jour, l’initiative propose de soustraire des photographies à notre regard. Non pas pour les dissimuler, mais pour leur offrir une seconde vie en traversant le temps. Délicieux paradoxe. Le principe est aussi simple qu’ambitieux : constituer une mémoire collective de la photographie francophone en cette année 2026, deux siècles après la réalisation par Nicéphore Niépce du Point de vue du Gras, considérée comme la plus ancienne photographie permanente conservée à ce jour.
À l’origine de cette initiative, HiP Histoires Photographiques, une association qui a imaginé, avec le Salon de la Photo & Vidéo et le musée Nicéphore Niépce de Chalon-sur-Saône, ce projet patrimonial hors normes. Le contenant est une malle de voyage des années 1930, un objet déjà chargé d’imaginaire qui évoque le voyage qui là se fera dans le temps. La collecte, ouverte jusqu’au 26 décembre 2026, s’adresse aux photographes professionnels francophones et aux amateurs avertis. Chacun peut proposer une seule photographie, obligatoirement réalisée en 2026. Le format ne doit pas dépasser 13 × 18 centimètres, mais les contraintes techniques sont volontairement limitées : argentique, numérique, procédés anciens ou alternatifs, tous les supports sont admis. L’intelligence artificielle générative n’est pas exclue, mais à condition que son utilisation soit clairement mentionnée. L’ambition n’est pas d’établir un palmarès des meilleures images, mais de réunir des propositions suffisamment diverses pour témoigner de la vitalité et de la pluralité de la photographie contemporaine.
Une fois close, la malle ne sera rouverte qu’en 2039. Dans treize ans, certaines images auront acquis une nouvelle valeur documentaire. Des lieux auront disparu, des visages auront vieilli, des situations auront changé de sens. Une photographie aujourd’hui banale pourra devenir un précieux témoignage historique. À l’inverse, une image jugée importante au moment de sa création perdra peut-être sa signification pour ceux qui la découvriront alors. C’est bien là tout l’intérêt du projet. La photographie n’est jamais seulement ce qu’elle montre, elle est aussi le produit d’une époque, d’une technique, d’une intention et d’un regard. En rassemblant des images issues de pratiques différentes, la malle pourrait raconter autant l’état du monde que celui du médium. Quels sujets auront été privilégiés ? Quelle place auront occupée le documentaire, le paysage, le portrait, l’intime ou la photographie plasticienne ? Comment les outils numériques et l’intelligence artificielle auront-ils transformé les gestes de création ?
Pour autant, il ne s’agit pas de dresser un portrait exhaustif de la photographie francophone. Toute sélection suppose des choix, et toute collecte dépend de celles et ceux qui acceptent d’y participer. Le projet devra donc sa richesse à la diversité réelle des contributions, à leurs origines géographiques, aux générations participantes et aux univers photographiques convoqués. La malle ne contiendra d’ailleurs pas seulement des photographies. Des professionnels de l’image sont également invités à rédiger des textes prospectifs sur l’avenir de leur métier et de la photographie à l’horizon 2039. Ces écrits seront réunis dans des recueils qui accompagneront les tirages. Un dialogue entre le présent tel qu’il se représente et le futur tel qu’on l’imagine. En mars 2027, la malle sera scellée au musée Nicéphore Niépce, où elle restera exposée au public sans être ouverte, visible mais inaccessible, promesse de découverte. Il faudra donc attendre pour que son contenu soit enfin révélé, à l’occasion du bicentenaire du discours de François Arago sur le daguerréotype, prononcé en 1839 à l’Académie des sciences. Joli pied de nez à notre époque où l’immédiateté prime sur tout.
Pour participer, c’est ici
- Bicentenaire de la photographie
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