Expositions

Anouk Desury
Sur le ring a la piscine de Roubaix

Shaïna Monier © Anouk Desury/Light Motiv/Grande commande photojournalisme

On appelle la boxe « le noble art », un sport pratiqué de très longue date, que ce soit en amateur ou en professionnel, par les classes populaires, emblématique de part l’engagement que cela suppose et la rudesse de sa pratique, faisant écho aux conditions de vie difficiles des pratiquants et expérience formatrice pour les affronter. La photographe Anouk Desury a réalisé un travail sur de jeunes boxeurs et une très jeune boxeuse de Roubaix, saisis dans leur entrainement, mais aussi leur lieu de vie.

 

On appelle la boxe « le noble art », un sport pratiqué de très longue date, que ce soit en amateur ou en professionnel, par les classes populaires, emblématique de part l’engagement que cela suppose et la rudesse de sa pratique, faisant écho aux conditions de vie difficiles des pratiquants et expérience formatrice pour les affronter.

De nombreux clubs existent dans la plupart des banlieues et des périphéries des villes françaises. Contrairement à des sports comme le tennis, le football ou la natation qui nécessitent des infrastructures importantes et nettement plus coûteuses, la boxe peut se loger dans le coin d’un gymnase pré-existant. Egalement, le prix des licences est abordable et l’équipement nécessaire à la pratique (gants, bandages, chaussures, short, protège-dents) est peu onéreux pouvant même être en partie fourni gratuitement par le club.

Installée à Roubaix devenue sa ville de cœur, la photographe Anouk Desury s’est attachée aux habitants de ce territoire qui fut une des capitales mondiales de l’industrie textile avant la chute et la fermeture de nombreuses usines s’accompagnant d’une sévère régression des emplois. En 2021, elle fait partie des lauréats de la grande commande photographique pilotée par la BNF et entreprend un travail sur de jeunes boxeurs et une très jeune boxeuse saisis dans leur entrainement, mais aussi leur lieu de vie. Le résultat, après avoir été exposé partiellement à Paris, est maintenant présenté à la Piscine, le magnifique musée roubaisien.

Entretien avec Anouk Desury

Anouk Desury, 21/06/2024. © Gilles Courtinat

Vous n’êtes pas originaire de Roubaix, pourquoi vous y être installée?

C’est un pur hasard. Quand j’ai fini mes études, je savais que je voulais étudier la photographie. J’ai postulé à de nombreux BTS Photo et j’ai été acceptée à Roubaix. Donc du coup, je suis venu à Roubaix que j’ai découvert. Ensuite, après un an d’études complémentaires à Carcassonne, j’ai eu envie de tenter Roubaix parce que je m’y étais bien senti et que je pensais qu’il y avait plein de choses encore à découvrir au delà de ce que j’avais pu vivre pendant mes deux années d’études. Je suis revenu en 2016 et depuis je ne suis pas repartie.

Ce travail que vous exposez a été sélectionné pour la grande commande de la BNF. Qu’est ce que vous vouliez montrer de Roubaix?

La jeunesse, montrer toutes les aspirations qu’il peut y avoir chez ces jeunes qui sont passionnées. Montrer aussi leur vie, leur quotidien et le territoire à travers eux, à travers la boxe, ce qui est un peu représentatif de Roubaix. C’est un sport populaire dont je connaissais peu de choses mais qui m’intriguait beaucoup. Je pensais qu’on ne commence pas forcément la boxe par hasard et j’imaginais plein d’histoires derrière tout ça que j’avais envie de découvrir. J’avais déjà commencé à faire des portraits de boxeurs dans des clubs où j’étais allée ponctuellement pour d’autres sujets, toujours à Roubaix. C’est une histoire de rencontres, un peu par hasard. A chaque fois ça avait été très ponctuel. Là, j’y suis retourné en me disant que j’aimerais bien faire des portraits de boxeurs, et aussi en dehors de la salle, pour avoir un peu de leur histoire de vie. C’est arrivé comme ça et j’ai découvert plein de choses qui m’ont donné envie de creuser. Quand j’ai été sélectionné pour la commande de la BNF, je me suis dit que c’était l’occasion de développer ce travail.

Donc ça veut dire c’est un sujet qui était déjà un peu entamé?

J’avais déjà commencé à réaliser des portraits et je voulais m’arrêter là, sans faire de reportage alors que c’est mon activité. Ce n’est qu’après que j’ai eu envie de creuser certains parcours que j’avais rencontrés.

Pour faire ces images, il y a eu des difficultés particulières et est ce qu’il y a des choses que vous auriez voulu faire et vous n’y êtes pas arrivée?

L’accueil a été super bon. Après, ce n’est pas forcément facile pour tout le monde de se livrer sur son quotidien, son intimité, la vie à la maison ou des choses comme ça. Donc je n’ai pas pu avoir tout ce que je voulais avec toutes les personnes que j’ai suivies. Mais en même temps, elles m’ont livré d’autres choses, de l’ordre de l’intime, qui étaient aussi fortes, et je n’ai pas de regrets.

Vous pratiquez vous même un sport?

J’en pratique plusieurs. Je suis cycliste et je ne me déplace qu’à vélo. Je fais aussi de la natation depuis quatre cinq ans et, suite à ce travail, je me suis mise à la boxe depuis l’année dernière. Après la fin du projet, j’ai gardé des contacts et j’ai noué des liens d’amitié assez forts. Je me suis lancée quand a été ouvert une section femmes dans un club où je m’entraine mais sans faire de combat car je ne pratique pas pour la compétition mais pour décompresser. C’est vraiment purement un loisir.

Vous présentez trois types d’images: des photographies, des textes et des dessins. Pourquoi?

J’ai toujours eu l’habitude de prendre beaucoup de notes, d’écrire, un peu la peur d’oublier des détails, des choses importantes qu’on pourrait trouver insignifiantes mais qui me semblent très importantes. Le dessin, je l’ai toujours pratiqué plutôt par intérêt personnel et quand la BNF a demandé à en savoir un peu plus sur les coulisses de mon travail, je me suis que c’était l’occasion de faire un journal de bord, mais en plus organisé, plus cadré que les carnets que je fais d’habitude, qui sont un peu à l’arrache et où il n’y a que moi qui me comprends. J’ai suivi un protocole où à chaque fois que je faisais un reportage, je notais les noms et prénoms du boxeur que j’avais suivi, où est ce que je l’avais rencontré. J’écrivais aussi tout ce qui s’était passé, la date et à chaque fois il y avait un dessin pour illustrer quelque chose de ce reportage en particulier. Moi qui n’aime pas trop légender mes images, je trouve que là on apprend à connaître la personne représentée, que ça aide, ça accompagne bien les images. Je l’ai fait après chaque reportage, en m’obligeant vraiment à une régularité pour ne pas oublier.

Cette commande de la BNF qui était assez bien dotée, comment vous l’avez vécu?

Ça a été un peu une surprise et une fierté d’être choisie déjà en étant au côté de noms de noms que j’admirais, et même unephotographe avec qui j’avais fait un stage pendant mes études. C’était vraiment une très belle reconnaissance de me faire confiance pour réaliser ce travail et ça donne une vraie crédibilité que j’ai pu vérifier auprès de différents clients. C’est tombé aussi au bon moment juste quand je venais de quitter un emploi à mi-temps pour me lancer en indépendante. Une sorte de signe qui m’a conforté dans ma décision. Mais aussi ça m’a mis une belle pression pour ne pas décevoir et faire du bon travail.

Maintenant que ce sujet est terminé, vous allez passer à quoi d’autre?

Je ne sais pas si on peut dire qu’il est terminé. J’ai fait de nouvelles photos avec certains, par exemple Djamal qui est dans le même club que moi ou Shaïna qui habite dans le même quartier que moi et que je croise souvent. Je vais de temps en temps voir aussi les entraînements, les combats ou des choses comme ça. Mais, ce n’est plus mon sujet principal et j’ai d’autres projets. Je viens de finir une résidence sur Roubaix-Tourcoing, j’ai fait des ateliers dans les écoles, les collèges, les centres sociaux, les médiathèques où on a beaucoup travaillé autour du carnet photos, dessins et textes justement, c’était hyper intéressant. Enfin, je vais reprendre un projet que j’avais commencé avant la résidence qui s’appelle Les Cheveux Blancs sur la mémoire des anciens travailleurs immigrés principalement dans la métropole et dans la région

Le site d’Anouk Desury

Exposition Les Poings Ouverts

Jusqu’au 29 septembre 2024
Piscine de Roubaix

Dernière révision le 13 juillet 2024 à 6;29 par la rédaction

Gilles Courtinat


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