Lucas Dolega, photojournaliste français tue lors d’un reportage en Tunisie, blesse le 14, decede le 17 janvier 2011.
Photographie © Corentin Fohlen / Divergence.

Tunis, vendredi 14 janvier 2011. La ville est en ébullition. Les rues vibrent sous les slogans, les klaxons, les cris de liberté. Au milieu de la foule des manifestants, de jeunes gens, appareil photo en bandoulière, sont là pour témoigner. L’un d’eux, Lucas Dolega, 32 ans, va y perdre la vie.

Le 4 janvier 2011, Mohamed Bouazizi décède des suites de son immolation, quelques jours plus tôt. Sa mort déclenche des émeutes qui vont être qualifiées de « Révolution de jasmin ». Le mouvement s’étend à la Libye, à l’Égypte et à la Syrie ; la presse parle alors des « Printemps arabes »… Hélas, la suite est connue aujourd’hui.

Le vendredi 14 janvier 2011, je suis à mon bureau et j’écris pour l’ancêtre de L’Œil de l’info, le blog appelé A l’œil diffusé dans le Club Mediapart Je sais qu’Olivier Laban-Mattei et Thomas Haley sont là-bas, ainsi que les jeunes Rémi Ochlik, Corentin Fohlen, Pierre Terdjman, Matthias Bruggmann. J’ignore alors l’existence de Lucas Dolega, mais je vais vite apprendre son nom, en même temps que les radios annoncent sa blessure : un tir de grenade tendue qui l’aurait frappé à l’œil ! Je suis très touché par cette blessure à l’œil. Je tente de joindre sa compagne, Nathalie Donadieu, ainsi que tous les reporters que je connais sur place. Terrible week-end. Je n’oublierai jamais.

Le samedi, il perd son œil. Le dimanche, son état s’aggrave. Le lundi, il est décédé. Il avait 32 ans. Il était né en 1978 à Paris, d’un père médecin marocain, Shtouky Mebrouk, et d’une mère journaliste allemande, Karine von Zambienne-Mebrouk. Très tôt, il s’intéresse à la photographie et découvre que c’est une arme pacifique. Il choisit le photojournalisme « pour raconter ce que les puissants veulent cacher ». Très vite, il va travailler pour l’European Pressphoto Agency (EPA).

En 2004, il immortalise les villages dévastés par le tsunami en Asie du Sud-Est ; en 2006, il est au Liban, au cœur des bombardements, puis en Cisjordanie, où il capte la tension dans les rues de Ramallah. Ses clichés ne sont pas des images de guerre : ce sont des portraits d’humanité — des mains qui se serrent, des regards qui implorent, des enfants qui sourient malgré les ruines. « Il voyait la lumière dans le chaos.

En septembre, à Visa pour l’image, Nathalie Donadieu, Corentin Fohlen et quelques jeuness gens lancent l’idée d’une association et d’un Prix Lucas-Dolega. En octobre 2011, à Bayeux, au Mémorial des reporters, la profession rend hommage à Lucas en présence de ses parents. Une association est créée, qui va faire vivre le Prix Lucas-Dolega avec peu de moyens jusqu’en 2023, où Reporters Ssans Frontières (RSF) et la SAIF prendront le relais.

La page de Lucas Dolega

Michel Puech
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