Photographie © Daido Moriyama Photo Foundation Cartier-Besson

 « Lettres d’amour à la photographie », l’exposition du photographe japonais Daido Moriyama , présentée par la Fondation Henri Cartier-Bresson à Paris jusqu’au 4 octobre 2026 est une véritable déclaration d’amour au médium dont on fête les 200 ans cette année.

Plusieurs rétrospectives de Daido Moriyama ont déjà été organisées à Paris, à la Maison Européenne de la Photographie en 2021, à la Fondation Cartier pour l’art contemporain en 2016 , axées sur ses déambulations urbaines hallucinées. Âgé de 87 ans aujourd’hui, il est connu pour ses photos en noir et blanc au grain épais, floues, décadrées, ses vagabondages fiévreux dans les ruelles du quartier populaire de Shinjuku à Tokyo, ses instantanés pris au vol dans un état de quasi transe. Une de ses photos « le chien errant » prise en 1971, un autoportrait selon lui, est devenue véritablement iconique et à fait l’objet de nombreux produits dérivés, assiettes, bouteilles d’huile d’olive, magnets.

L’exposition de la Fondation Henri Cartier-Bresson propose cette fois un angle inédit en s’attachant à explorer le rapport passionnel que Moriyama entretient avec la photographie à travers livres, textes et séries expérimentales. Il photographie des appareils photos, des rouleaux de films ou des négatifs séchant à la fenêtre comme une petite scène de théâtre. Il aime les tournesols parce qu’ils se tournent vers le soleil et multiplie les autoportraits . Il ne cesse de rendre hommage à la photographie, elle-même.

Sa quête existentielle de l’essence même de l’image tourne autour d’un point central, la plus ancienne photographie connue réalisée par Nicéphore Niépce entre1826 et 1827 depuis sa fenêtre « Point de vue du Gras ».

Une reproduction de la photo originelle est accroché au dessus de son lit dans sa chambre austère de Tokyo, ce cliché devient sa mire, sa boussole. Son obsession l’amène en pèlerinage à Saint-Loup-de-Varennes près de Chalon-sur-Saône, dans la maison de Niépce transformée en musée. En 2015, il va encore plus loin et s’envole pour Austin au Texas où est conservée la plaque originale. Il écrit: « Beaucoup plus petite que je ne le pensais, elle m’a pourtant fait, dès que je l’ai vue, une impression indescriptible, j’ai sorti mon appareil de ma poche et, l’air de rien, j’ai pris plusieurs clichés de la plaque. Puis je suis resté là, immobile, empli d’une émotion indéfinissable: mon pèlerinage vers Niépce touchait à sa fin. »

Moriyama a beaucoup écrit, des milliers de pages où il raconte sa vie et son rapport viscéral à la photographie. Le catalogue de l’exposition propose vingt deux textes traduits pour la première fois en français.

Exposition à la Fondation Cartier-Bresson jusqu’au 4 octobre 2026

« Lettres d’amour à la photographie » Édition Delpire et Fondation Henri Cartier-Bresson. 42 €

 

Isabelle Stassart
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