Photographie © Thierry Birrer

Il y a deux (bonnes) raisons de se rendre dans le parc municipal des Mesnuls dans les Yvelines d’ici au 1er septembre 2026, date à laquelle l’exposition internationale des Mesnographies se clôturera après une prolongation exceptionnelle de plusieurs semaines.

Première raison, le parc en lui-même, au cœur d’un village des Yvelines, un lieu paisible à l’entrée gratuite où déambuler et pique-niquer en famille ou seul est agréable. Seconde raison, la sixième édition des Mesnographies qui présente divers travaux photographiques et surtout qui pousse à réfléchir du fait du thème principal abordé, à savoir l’inceste.

D’autant que photographier l’inceste, voilà bien quelque chose de peu facile, surtout quand l’auteur doit d’abord revivre son vécu et son ressenti – donc sa douleur et son incompréhension – avant de tenter de l’illustrer. Car les sept photographes présentés ont tous vécu cet horrible moment. Le montrer en photo, ce n’est pas simple. Cela peut faire peur d’ailleurs, mais c’est toujours intéressant d’aller là où l’on a peur.

Les approches sont différentes. Noir et blanc ou couleur, nette ou flou, composée ou unique, aucune ne laisse indifférent. Autour du credo « Soyons plus forts, brisons le silence. Que les images prennent la place des mots », sept photographes ont été choisis : Mathis Benestebe, Juliette Andréa Elie, Lucie Sassiat (France), Sergio Melendez (Pérou), Virginia Morini (Italie) et Mika Sperling (Russie/Allemagne).

Avant d’aborder le cœur de ce sujet, on pénètre dans la vaste exposition – vingt-deux photographes au total pour près de 200 œuvres sur presque deux hectares en partie boisés – via le travail de la japonaise Rie Yamada qui, au travers de sa série « Familie Werden » (qui signifie « Devenir famille » en allemand), est le premier volet d’une trilogie qui explore le passé, le présent et l’avenir dans le contexte de la vie familiale. Car l’ensemble des thématiques proposées tourne autour de cette idée de famille, de l’individu, du hier et du lendemain, tant dans la sphère intime – l’inceste – que la famille donc, mais aussi la sororité, la guerre ou le climat, des sujets qui apparaissent dans la visite après la thématique centrale de cette sixième édition des Mesnographies.

« La photographie a toujours été un moyen de parler de tout » souligne Claire Pathé, la directrice artistique du festival, qui ajoute que c’est d’autant plus important d’en parler que « 98 pour cent des actes ne sont pas condamnés ».

Voir, c’est essentiel. Maeva Benaïche photographie le passé pour tenter de s’en rappeler et, surtout pour « montrer ce que les adultes n’ont pas su voir ». Une démarche similaire chez Lucie Sassiat qui raconte « une histoire très personnelle, le rapport que son grand-père a eu avec son corps de fillette, afin de montrer que c’est d’une banalité extrême, que cela arrive vraiment partout. »

Savoir est également un maître-mot pour Sergio Melendez qui, en noir et blanc « pour mieux traduire les choses » surexpose le visage de sa mère « pour montrer que la lumière la consume parce que toute la famille savait ». A propos de savoir, un travail photographique a également été mené avec des élèves d’un collège des environs et des lycéens sur les thématiques de la vie et du savoir. Les élèves du collège de Beynes ont réfléchi, avec la photographie, sur eux-mêmes et à leur vision de leur monde de demain, un travail qui s’est articulé en quatre clichés, un avec un appareil photo jetable, un avec leur smartphone, un autre au reflex professionnel encadré par Claire Pathé et enfin une création à l’aide de l’IA. Tandis que les lycéens du Lycée Jean Monnet de la Queue-lez-Yvelines ont exploré le thème de l’immigration en se mettant à la place de personnages fictifs de migrants. Photographiquement, ils ont imaginé leurs parcours migratoires ainsi que les objets qu’ils ont perdus sur leur chemin. Deux expositions en sus de celles de tous les autres photographes venus de quinze pays.

Il sera très utile de parcourir les Mesnographies avec le livret de l’exposition (disponible à l’entrée au Bistrot des Jardiniers) dans lequel chaque auteur explique son parcours. Car sans explications, on ne comprendra pas le point rouge central qui figure sur chaque photo de la finlandaise Miia Auto qui montre qu’une image n’est jamais une représentation directe de la réalité extérieure, mais naît toujours de la synergie de la vision et de l’esprit ; le travail du français Franck Tomps qui se penche sur la représentation que la métropole se fait de Mayotte ; les rendus un peu particuliers de l’ukrainien Vic Bakin qui, du fait de la guerre, a utilisé le même fixateur durant des semaines ; ce que signifie le chardon présent chez Juliette Andréa Elie et qui demande « est-ce que la mémoire se répare ? » ou la recherche visuelle de Caroline Ruffault sur la disparition du paysage lié à l’usage de la voiture et aux catastrophes écologiques qu’elle engendre au nord du Texas. De l’inceste aux eaux texanes – ou de la pollution des corps à la pollution de la nature – rien d’autre qu’un comportement humain nocif. Il y a beaucoup à voir et à réfléchir dans le parc municipal des Mesnuls.

Mesnographies, parc municipal, 13, Grande Rue 78490 Les Mesnuls, entrée gratuite jusqu’au 1/09/2026

 

Thierry Birrer
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