
Un atelier animé par Nicolas Andry. Photo: Nicolas Andry
Nicolas Andry réfléchit depuis longtemps sur d’autres façons de photographier et de développer attentives au respect de la vie sous toutes ses formes.
« Une chimie n’est pas d’emblée toxique » explique Nicolas Andry, photographe belge et chercheur autodidacte, quand il anime un atelier « La Révélation Argentique – Idées, recherches et alternatives » visant à apprendre à développer avec des produits respectueux de l’environnement : « J’essaie de travailler en privilégiant la santé. Je place d’abord le respect du vivant et je ne privilégie jamais le résultat au détriment de la santé ».
En conséquence, voilà deux décennies qu’il réfléchit à comment rendre inoffensifs les bains de développement et de fixation. Souvent – pour ne pas écrire toujours – ces liquides chargés de particules d’argent terminent dans les tuyaux d’évacuation. Plus récemment dans certaines déchetteries mais peu de ces lieux sont équipés pour recevoir ce type de déchets. Toujours ? Non. Le Studio 44, lire « Quaranta Quatro », à Turin a toujours utilisé – jusqu’à sa fermeture à la fin des années 1990 – un système d’électrodes qui permettait de récupérer les particules d’argent. Ces particules finissaient en pavés d’argent, lesdits pavés permettant de rémunérer les employés qui partaient en retraite. Cette coutume, semble-t-il courante en Italie, n’a pas été utilisée en France.
Les recherches du photographe belge l’ont conduit à compiler ses pensées et recherches dans un ouvrage au format particulièrement pratique – il se glisse aisément dans une sacoche photo – « La révélation argentique », sous-titré « Idées, recherche et alternatives à l’usage des photographes ». En 280 pages, Nicolas Andry détaille comment se passer des révélateurs standards, à savoir l’hydroquinone comme développateur, le carbonate de sodium comme accélérateur, le sulfite de sodium comme conservateur et le bromure de potassium comme antivoile, des produits dont on comprend à la seule lecture des noms qu’il vaut mieux ne pas en boire la moindre goutte. Tous ces ingrédients, de base pourtant à la pratique photographique depuis un siècle – les principes en ont été posés il y a près de deux siècles –, sont des produits issus de processus industriels polluants et très toxiques pour les milieux aquatiques. Nicolas Andry appartient à une petite communauté de passionnés qui explorent depuis trois décennies la possibilité de développer films et papiers argentiques au moyen de végétaux, d’ingrédients culinaires et de produits ménagers, dans le but également de sortir des productions industrielles uniformisantes ce qui entraîne des savoir-faire libres et communs.
Des voies hors des sentiers battus de la chimie traditionnelle que d’autres explorent sans connaître les travaux de Nicolas Andry. Dans le cadre des Mesnographies qui se tiennent jusqu’au tout début septembre dans les Yvelines, la photographe Caroline Ruffault y expose des tirages un peu particuliers de son travail « The Sky is Bigger in Texas », une recherche visuelle sur la disparition du paysage lié à l’usage de la voiture et aux catastrophes écologiques qu’elle engendre dans le bassin permien, au nord du Texas. Son exposition montre les espaces détruits à cause de l’extraction pétrolière du parc national de Big Bend et les lacs toxiques qui grandissent sur d’anciens pâturages. Elle a utilisé l’eau polluée rejetée par l’extraction de pétrole de schiste pour tirer ses clichés, ce qui entraîne des traces sur les tirages. Quand le photographe documentariste devient artiste en utilisant les méfaits de ce que son travail montre à voir.
Dans son ouvrage, Nicolas Andry explique comment le café et la vitamine C pouvait remplacer la chimie industrielle, une technique déjà vieille de trois décennies nommée Caffenol. Ayant cherché dans toutes les directions alors qu’il n’est pas chimiste de formation, il a fini par découvrir que le jus de carotte pouvait avoir quelques vertus à condition de toutefois « sélectionner des carottes bio et non des carottes classiques » explique-t-il. Ces produits qu’il nomment des Vitaminols sont listés et expliqués en détail dans son ouvrage et l’auteur ne cache rien, les points négatifs de ces techniques expérimentales mais opérationnelles étant bien précisés, notamment des temps de pose très longs et des résultats teintés ou voilés. Il admet ne pas développer une technique 100% écologique mais invite plutôt à réfléchir vers une attitude plus écologique intégrant des points aussi variés que la diversification des ingrédients afin de répartir la pression exercée sur chacun d’eux, la gestion adéquate des bains usagés ou plus efficacement une production réduite d’images. Combien de dizaines de millions d’images issues de pellicules ont d’ailleurs été développées et tirées sans que personne, hormis leurs auteurs, ne les aient jamais vues ? Une question qui se pose pour l’auteur de ces lignes qui a lui-même par le passé développé et tiré des milliers de clichés qui n’ont et ne seront jamais partagés. L’auteur n’est pas avare de conseils de préparation et de données afin d’épauler celui qui souhaite sortir des produits industriels. Nul besoin de vouloir tester pour apprécier cet ouvrage car les réflexions sur la place du photographe et du développement dans le processus global de production photographique sont omniprésentes.
« La révélation argentique, idées, recherches et alternatives à l’usage des photographes » de Nicolas Andry, Editions Primitive Press & Les Editions du Caïd, 280 pages, 18€. A la FNAC et chez Cultura.
Pour la pratique et les curieux, Nicolas Andry propose un atelier de deux jours au Musée de la Photographie de Charleroi (Belgique) les 10 et 11 octobre 2026 « L’argentique faite main » sur la thématique de construire un appareil photo avec des matériaux recyclés et développer des clichés argentiques grâce à des bains végétaux, deux jours pour allier plaisir manuel et respect de l’environnement. Renseignements au Musée de la photographie de Charleroi.








