Rebirth of Venus, Hawaii, 2009 © David LaChapelle

L’ubiquité ne fait pas partie de mes talents qui sont pourtant nombreux, surtout la modestie. Ce n’est pas pour autant que je ne vais pas commettre cet article, car c’est une bien chouette manifestation qui mérite le détour.

Je me réjouissais à l’avance de me rendre à Vichy, ville connue à plusieurs titres. Ses pastilles passées un peu de mode, mais so fifties, son eau pétillante et bien salée, ainsi qu’un maréchal de sinistre mémoire. Ajoutons à cela que j’y suis né, mais n’y ai jamais vécu plus que quelques jours, et je précise que ma santé ne m’oblige pas à une cure thermale. Content donc de profiter d’un voyage en train, certes peu rapide mais sillonnant les verts paysages du Bourbonnais. Hélas, c’était sans compter avec les aléas climatiques et l’état lamentable de la liaison ferroviaire qui devait m’y conduire. Car la ligne Paris-Clermont-Ferrand que je devais emprunter est considérée comme la pire en France, souffrant d’infrastructures et de matériel roulant d’un autre âge, celui où, pourtant, une canicule ne nous empêchait pas de prendre le train, étrange paradoxe. J’étais néanmoins partant pour tenter l’aventure, genre retour vers le passé, et prêt à grimper dans une voiture Corail tractée par une locomotive indolente roulant, enfin si possible, sur un réseau très fragile. Mais les prévisions d’une météo caniculaire ont entraîné l’annulation de pas mal de départs, dont le mien, et ce n’est pas la mésaventure récente des centaines de passagers bloqués pendant huit heures en rase campagne sous le cagnard qui avait de quoi me rassurer. La SNCF le reconnaît dans une langue de bois assez habilement chantournée, parlant du matériel roulant : « Leur conception ancienne ne leur assure pas la même robustesse que celle des trains plus récents, dans certaines conditions météorologiques. »

Alors comment rendre compte de ce festival fort sympathique au demeurant sans y mettre les pieds ? Tout d’abord, j’ai déjà eu l’occasion de m’y rendre quand le climat ne paralysait pas le trafic et ne détraquait pas la signalisation. J’ai pu ainsi constater sur place que le soin apporté à la scénographie était impeccable et je ne doute pas une seconde qu’il en soit de même cette année. Donc, que voir ? Tout d’abord, les images de David LaChapelle qui, malgré un nom qui fleure bien le terroir hexagonal, est américain et, en tant que tel, n’a pas peur de la démesure qui a fait sa signature et sa réputation. C’est drôle, énorme, coloré, allègrement allégorique, en un mot « amazing » comme on dit facilement aux States. Changement radical d’ambiance avec les collections du musée Nicéphore-Niépce de Chalon-sur-Saône qui rappellent que la pratique du portrait est aussi vieille que la photographie. Pour faire bonne mesure rajoutons les œuvres de Paul Graham, Yohanne Lamoulère et Julia Gat. Sans oublier le travail de Patrick Tourneboeuf sur Bath dans le cadre de son exploration des villes d’eau européennes inscrites au patrimoine mondiale de l’Unesco. Cela sort du thème du festival, mais on reste dans l’ambiance du coin. C’est court, mais c’est bon et c’est un excellent prétexte pour une agréable promenade qui vous mènera des rives de l’Allier, au parc des sources, en passant par le grand établissement thermal et le hall des sources, tous lieux très emblématiques de la cité. A noter l’installation d’une cabine Harcourt où vous aurez l’occasion de vous faire photographier pour 10 euros avec un rendu qui fera de vous un portrait aussi glamour que celui d’Angelina Jolie ou Jean Dujardin. Et c’est 2000 balles d’économisé par rapport au tarif dans le studio à Paris sans oublier que Roland Barthes disait « On n’a vraiment de visage public que si l’on a été photographié par le Studio Harcourt. »

La SNCF ayant promis juré craché qu’en 2027 la situation se serait améliorée avec l’arrivée de nouvelle rames (made in Spain), il est possible que je puisse dire « J’y étais ! » à l’occasion de la prochaine édition.

Festival Portrait(s) Vichy, jusqu’au 04 octobre 2026

 

Gilles Courtinat
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