France, Paris, 2024 – Mete Zihnioglu,directeur général de l’agence Sipa press

Sous le titre « Sipa Press, l’agence tous risques », Réponses Photo publie dans son numéro du 5 juin 2026 une intéressante interview de Mete Zihnioglu, le directeur de l’agence. Avec 4,5 millions de chiffre d’affaire, Sipa press est redevenue la première agence photo magazine devant Bestimages (4,2 ME) mais l’avenir est incertain comme l’article le souligne. Nous en reproduisons ici quelques extraits.

« Il y a vingt‑cinq ans, nous générions 12 millions d’euros de chiffre d’affaires par an. Après 2010, nous sommes descendus à 6 millions, et aujourd’hui à 4,5 millions. Le problème n’est pas tant la baisse du chiffre d’affaires que celle des marges : si mon chiffre annuel décline mais que je garde des marges suffisantes pour faire vivre les photographes, il n’y a pas de souci. La situation à l’étranger n’est pas meilleure, bien au contraire. En 2000, 50 % de notre chiffre d’affaires provenait de l’étranger ; il est actuellement tombé à 10 %. » …/…

Avec 13 000 photographes et 20 millions d’images en archives, on ne peut pas vraiment qualifier Sipa de « petite agence ». Pourtant, face à Getty Images, elle doit se montrer résiliente malgré des réalités économiques préoccupantes et l’impossibilité de rivaliser dans certains secteurs.

« Nous sommes très inquiets, mais pour le moment nous arrivons à faire face. La différence entre eux (ndlr : Getty Images) et nous, c’est que nous faisons du service. Ce qui est difficile, c’est que leurs prix sont très bas et qu’ils ont des accords avec beaucoup de titres et de groupes de presse avec lesquels nous ne travaillons plus ! Il faut rappeler que Getty paie ses photographes à la journée depuis l’Irlande, sans reverser de charges sociales, et que les photos sont ensuite distribuées par Getty ou ses filiales, comme l’AFP. Leur accord était le seul moyen pour la France de produire et distribuer aux États‑Unis, et dans le même temps Getty Images est devenu puissant grâce à l’AFP, car eux ne produisaient pas. Ils l’ont fait dans le passé avec Getty Editorial, mais cela leur coûtait trop cher, ils ont arrêté. Aujourd’hui, ils se concentrent sur le people et le “red carpet” pour des contrats avec les marques de luxe. »

« Sipa a passé plus de vingt‑cinq ans à résister et à faire face aux différentes crises qui ont secoué la profession. Les journaux poursuivent leurs demandes de baisses de prix de 20 voire 30 %, mais les agences ne peuvent plus suivre. Comme nous le confie Mete, il tente de sensibiliser les pouvoirs publics à la nécessité de venir en aide à ces structures, peu nombreuses et menacées de disparition — et avec elles, un important patrimoine photographique. »

« L’État finance la presse à tous les niveaux. L’AFP perçoit une aide de 120 millions d’euros sur un chiffre d’affaires de 300 millions, soit 40 %, alors pourquoi ne pas soutenir les autres agences de presse françaises ? Nous sommes une petite dizaine à produire du contenu. Si l’État accordait environ 5 millions d’euros par an à chaque agence, en fonction de sa production, ce ne serait pas grand‑chose pour lui, mais ce serait énorme pour nous. Il reste sourd à nos demandes : nous ne recevons aucune aide de sa part. La photographie est vraiment l’enfant orphelin de la presse. »

« La valorisation d’un photographe passe par le fait qu’il soit reconnu par l’institution culturelle pour lui donner accès à des commandes ; c’est particulièrement important dans le domaine du luxe. Évidemment, il y a la chute des prix, l’accroissement de la concurrence, et avec l’arrivée de l’intelligence artificielle générative, cela ne présage rien de bon. Ce que l’on sait, c’est que le modèle qu’on a connu ne fonctionne plus. »

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