
Afghanistant, février 1989 -Attaque d’un poste de l’armée soviétique à Jalalabad.
Photographie Dominique Aubert
Pour la première édition de Visa pour l’image, Dominique Aubert alors photographe à Sygma fut invité par Jean-François Leroy pour ce qui reste sa plus belle exposition. Devenu un auteur de L’œil de l’info, il lui rend un hommage simple et sincère.
En 1989, l’agence Sygma m’envoya en Afghanistan pour couvrir le retrait de l’armée soviétique. Avec mes compagnons Jean-Louis Calderon et Franck Vieljeux, de la télévision française, nous eûmes la chance d’assister à l’une des toutes dernières attaques de moudjahidines sur la route reliant Jalalabad à Kaboul.
Grâce au puissant réseau international de Sygma, ce reportage fut largement diffusé. Il attira surtout l’attention d’un homme qui allait, sans que je le sache encore, m’offrir l’un des plus beaux souvenirs de ma vie de photographe : Jean-François Leroy.
Cette même année, il m’invita à participer à la première édition de Visa pour l’Image, à Perpignan.
Voir mes photographies d’Afghanistan exposées sur les murs du couvent des Minimes fut pour moi un immense honneur. Jamais encore mon travail n’avait connu une telle reconnaissance.
Je garde de ces journées des souvenirs intacts. J’y rencontrai Alberto Korda, qui m’offrit un tirage signé de son célèbre portrait du Che Guevara. J’eus également le privilège de passer quelques heures avec Dimitri Baltermants. Par l’intermédiaire d’un interprète, il me raconta certaines des images qu’il avait prises aux côtés de l’Armée rouge pendant la Seconde Guerre mondiale.
C’était aussi cela, Visa : des photographies sur les murs, bien sûr, mais surtout des rencontres, des récits, des regards et des hommes venus raconter le monde.
En juillet dernier, dans une longue interview accordée à Lorenzo Virgili, j’ai retrouvé Jean-François. La voix était fatiguée, parfois étouffée, mais l’esprit et la mémoire étaient toujours là.
Il parlait de Léo Ferré, racontait cette nuit improbable passée avec Keith Richards autour de « Bloody Mary », à bord d’un avion de ligne traversant l’Atlantique. Puis il revenait à ceux qui avaient occupé une si grande place dans sa vie : les photographes.
Il évoquait leur travail, mais aussi l’engagement de certains bien au-delà de leurs images, capables de consacrer leurs gains à l’achat de prothèses orthopédiques pour ceux qu’ils avaient rencontrés sur le terrain.
Et puis, vers la fin de l’entretien, Jean-François se livrait davantage. Il disait avoir peur de la mort.
Le photographe Samuel Bollendorff lui avait répondu par cette phrase :
« La mort ne peut pas être pire qu’avant ta naissance. » Aujourd’hui, ces mots prennent une résonance particulière.
Jean-François Leroy aura consacré sa vie à défendre le photojournalisme et ceux qui le font. Avec Visa pour l’Image, il leur a offert bien davantage qu’un lieu d’exposition : un endroit où leurs images pouvaient témoigner, raconter, déranger parfois, mais surtout être vues par le grand public.
Il a aussi permis à des photographes de se rencontrer, de se reconnaître et de partager cette étrange passion qui consiste à partir voir le monde pour tenter d’en rapporter quelques fragments.
En 1989, j’ai eu la chance d’être l’un d’eux. Trente-sept ans plus tard, le souvenir demeure.
Alors aujourd’hui, à Jean-François, je voudrais simplement dire une dernière chose : Merci.
- Jean-François Leroy (1956 – 2026)
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