Turquie, Musée d'art moderne d'Istanbul, septembre 2006 - Thomas Haley photographiant Jean-François Leroy dans les toilettes du musée à l’occasion de l’exposition « Right Place, Right Time » de Göksin Sipahioğlu. Photographie

Turquie, Musée d’art moderne d’Istanbul, septembre 2006 – Thomas Haley photographiant Jean-François Leroy dans les toilettes du musée à l’occasion de l’exposition « Right Place, Right Time » de Göksin Sipahioğlu.
Photographie Jean-Louis Bersuder

Mon premier souvenir de Jean-François c’était une discussion animée dans un bar Irlandais aux Halles, dans les années 80. Il était rédacteur photo à Photo Magazine. Au bar il y avait Yan Morvan, Christian Poveda, moi et Jean-François. Je ne me souviens pas du sujet de la conversation, certainement autour de la photo, mais c’était très animée.

En 1991, Gökşin Sipahiouglu m’a demandé si je ne voulais pas faire une expo à Visa pour l’image, à l’époque, une espèce d’OVNI de festival de photo à Perpignan.

Goksin me disait que c’était censé être le festival de Cannes du photojournalisme. Moi, cela me semblait un peu bizarre, un festival photo où on accroche les images de guerre, death and destruction, la misère humaine…et on fait la fête… ?

Les premières années de Visa était formidable !

Pendant trois ou quatre jours, on se retrouvait entre camarades, on faisait la fête, on racontait nos derniers exploits, les expos photos, les applaudissements du public et nos ami(e)s des rédactions photo. Jean-François a élevé le photojournalisme au rang d’art et nous, les « photographes concernés », étions les héros. Jean-François était notre imprésario extraordinaire.

Forcément, au fur et mesure que Visa devenait le « must » du photojournalisme internationale, l’aspect « star » commençait à parasiter le festival. Les sponsors organisaient les cocktails, sur invitation, car on ne peut pas inviter tout le monde n’est-ce pas ? Il commençait à se créer des castes de photographes, les « grands » les « moins grands ». Pourtant quand on était sur le terrain il n’y avait pas d’invitations, on était tous et toutes dans la même galère.

Une année, après avoir mis mon ego à rude épreuve, je lui écrivis un email :

JeanFrançois, Tu sais, pour les photographes, dont la plupart ont des egos gros comme des maisons, Visa est un exercice compliqué. C’est un rapport haine/amour, sauf que chaque fois que je me suis infligé ce tourbillon d’émotions : regret de ne pas avoir couvert certaines histoires que j’aurais aimé couvrir, ou de ne pas avoir fait certaines photos, parfois confronter des jalousies (quoi ? les photographes jaloux… ?!) mais aussi l’inspiration de voir des choses que je n’aurais pas vu ailleurs ainsi que la joie de retrouver des camarades, de manger, boire, rire…chaque fois je suis rentré à Paris chargé à bloc avec enthousiasme, chaque fois je voulais te remercier pour ces moments et pour avoir voulu célébrer cette profession comme tu fais depuis tant d’années.

Je n’ai pas envoyé ce message parce que je ne voulais pas qu’il pense que je lui faisais de « la lèche ».

En 2017, Jean-François m’avait proposé une projection à Visa pour le lancement de mon livre, Journey Man[i]. Je lui ai dédicacé mon livre avec le message que je ne lui avais jamais envoyé.

A propos de la photo dans son livre

Mains violettes en Afrique / 1986

Cette photographie de Thomas Haley fait parttie de la collection personnelle de Jean-François Leroy et, est l’une des 14 séléctionnées pour le livre « Devoir de regarder ».

C’est pour moi un honneur et une source de fierté que Jean-François ait choisi d’inclure l’une de mes photos dans sa collection personnelle, qu’il a également intégrée à son livre.

Les mains violettes en Afrique, prise en 1986, lors d’un reportage sur John Garang, chef de l’Armée du peuple pour la libération du sud du Soudan (l’APLS). Cette guerre civile opposait le nord (musulman) au sud (chrétien/animiste), avait déjà fait près de deux millions de victimes. Les deux camps utilisaient la famine comme une arme de guerre.

La photo a été prise dans un camp de réfugiés géré par CARE sous le contrôle de l’APLS[ii] près de la frontière avec le Kenya. Les mains des réfugiés sont teintes en violet après qu’ils ont reçu leurs rations alimentaires, afin de les empêcher d’en recevoir une deuxième fois.

Merci Jean-François.

NOTES

  • [i] Journey man de Thomas Haley – Erick Bonnier éditeur 2017 – 39,40 € FNAC
  • [ii] APLS = Armée du peuple pour la libération du sud Soudan
  •   SPLA = Soudan People’s Liberation Army

 

Thomas Haley
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