LES GENS

Benoît Fatou
« En manif, il faut avoir trois coups d’avance »

France, Nanterre, 2023-06-29. White march for Nahel in Nanterre.
Photograph by Benoit Fatou / Hans Lucas.
France, Nanterre, 2023-06-29.Marche blanche pour Nahel dans les rue de Nanterre.
Photographie de Benoit Fatou / Hans Lucas

 

Contre la réforme des retraites, les violences faites aux femmes ou la marche blanche en hommage à Nahel, Benoît Fatou photographie les défilés depuis une dizaine d’années. En décembre, il projetait quelque 500 clichés au Drunken à Montreuil (93), retraçant cinq ans de luttes sociales. Parmi eux, celui pris le 6 avril 2023 montrant des militants (les « Advengers » comme il les nomme) casqués et aux aguets, en dit long sur l’ambiance des manifestations. « En manif, il faut avoir trois coups d’avance. Tu ne sais jamais ce qui peut t’arriver », commente le photographe. Entre les nassages et les caillassages, il vaut mieux être réactif.

Contrairement à pas mal de ses confrères, Benoît ne porte ni casque, ni brassard Presse. Une photo de lui fut même montrée en contre-exemple lors d’une rencontre organisée par Reporters sans frontière, deux jours après la marche blanche de Nanterre. « Ce jour-là, c’était chaud, les policiers me hurlaient dessus tandis que les habitants, jeunes comme vieux, me remerciaient d’être là. »

D’autres fois, il a évité de justesse un gros pavé ou a dû supplier à trois reprises un CRS de le laisser passer alors qu’il manquait d’oxygène. « Deux fées, équipées de sérum physiologique, sont venues à mon secours », se souvient-il. Parfois, c’est la tension entre manifestants qui est dure à accepter comme le 25 novembre dernier, lors de la Journée internationale de lutte contre les violences faîtes aux femmes. « Les pro-israéliennes et les pro-palestiniennes s’écharpaient, j’avais envie de hurler. »

Photographe indépendant, Benoît Fatou balade son objectif un peu partout, des studios de mode aux concerts de rock, en passant par un centre d’hébergement pour les SDF. Ses images de manif, il les diffuse dans la presse via la plateforme Hans Lucas, partenaire de l’AFP.

« A plus de deux, on est une bande cons ». Paraphrasant Brassens, Benoît Fatou explique les débordements de toutes parts en même temps qu’il résume son plaisir à couvrir les manifestations : « C’est super efficace au niveau humain : il y a de la solidarité, de la joie mais aussi de l’angoisse et de la violence… Une véritable commedia dell’arte ! »

Site web de Benoît Fatou

Dernière révision le 16 février 2024 à 9;49 par la rédaction