Exemple de publication Facebook du 28/04/2026 avec une association d’images dont la principale est générée par IA en associant des parties de photographies prises en décembre 2025 à Bruxelles et d’autres sorties de leur contexte. Cette publication est mensongère puisque le 28/04/2026 aucune manifestation violente n’a eu lieu à Bruxelles. Les faits décrits dans l’article auquel renvoie la publication sont tous relatifs à une manifestation le 18/12/2025 mais ils sont tous décrits comme s’étant déroulés le 28 avril 2026.

La manipulation, la désinformation, les fake news, le phishing, le deepfake, le fast-checking, … voilà des mots qui courent et virevoltent de plateaux télévisés en éditoriaux de magazine, de tribunes électorales en publications sur les réseaux sociaux. Qui s’y multiplient quand il ne sont pas décuplés par les robots conversationnels.

Le débat autour de ces thématiques est permanent, voire énivrant, pour ne pas dire énervant quand chacun en reprend les idées pour pointer son détracteur quand il est à court d’arguments. En faire un petit recueil afin de savoir de quoi l’on parle est donc une excellente idée. Proposer une lisibilité quand il faut nager dans des présentations souvent toxiques est presque essentiel. Dans un format qui tient dans la main et au prix très accessible ouvre l’éventail des lecteurs. C’est encore un plus. Cependant, à vouloir trop bien faire, l’ouvrage révèle quelques limites.

Exemple de publication X mensongère du 16/04/2026. Le « Pfizer insider » dont il est question a en réalité quitté l’entreprise 11 ans avant l’épidémie de Covid-19 et sa méthodologie de travail n’a aucun fondement juridique. Cette publication a pourtant été partagée plus de 60 millions de fois et reprise/traduite/ »embellie » en France par des élus politiques d’extrême droite tel Florian Philippot, toujours sur X, publication elle-même partagée des milliers de fois.

Vouloir expliquer ce qu’est l’ultracrépidarianisme est une chose mais comme le mot n’est pas le plus utilisé dans la sphère médiatique, fût-elle conspirationniste, on s’y perd vite. Pour ne pas vous perdre dans cette lecture, on vous donne tout de même la définition de ce mot puisée dans l’ouvrage d’Arnaud Mercier, professeur de communication politique à l’IFP/Paris Panthéon-Assas et spécialiste reconnu des enjeux d’information : il correspond « à une figure de pseudo-expert qui se pense capable de deviser savamment de choses qu’il ne connaît pas bien mais croit connaître, du fait de son excès de confiance en soi ». Cette notion connue en psychologie apparaît très fréquemment au bout du moindre clic réseausociété puisqu’elle permet « à beaucoup de simples gens de se croire autorisés à donner leur avis sur des sujets complexes (…) sur le seul motif qu’ils sont capables de « faire leurs propres recherches » ». Les notions de ce type, c’est-à-dire peu connues du grand public, sont nombreuses dans l’ouvrage : astroturfing, loi de Brandolini, pallywood, path-checking ou Viginum ; elles risquent de lasser le profane. Un manque cependant : le livre étant structuré en entrées composées atteint ses limites. Il n’y a pas de réflexion d’ensemble sur la façon dont les comportements économiques globaux, tout comme peut-être les comportements politiques, peuvent sous-tendre les mécanismes de la désinformation.

En résumé, ce livre nommé pour le Prix du livre des Assises du Journalisme 2026 à Tous, où les exemples sont nombreux (Bannon, Baudis, MacronLeaks, Poutine, Raoult, Trump, …), est bien utile pour qui est au cœur du processus médiatique et de sa compréhension. Il s’impose aux professionnels de l’information en proposant une compréhension visant à développer une maîtrise des diverses formes de manipulation et d’influence dans lesquelles ceux-ci évoluent. Il permet aussi à ces mêmes professionnels d’étayer un propos puisque le format court ne permettant pas de s’étendre, cet abécédaire est une bonne introduction. Le professionnel soucieux d’approfondir trouvera en fin de volume une douzaine d’ouvrages dont sept sont très récents, de 2024 et 2025. Cet ouvrage devrait aussi s’imposer aux décideurs publics qui ont la responsabilité d’assainir le débat démocratique, surtout quand la clarté des propos devient un enjeu de sécurité nationale. Du fait d’un langage studieux qui alourdit la lecture, le citoyen lambda, à moins qu’il ne soit enseignant en littérature ou responsable de CDI, risquera cependant de ne pas y trouver son compte, c’est-à-dire être un peu noyé dans certaines explications. Evidemment, cet ouvrage rebutera les fanas des théories complotistes.

Les mots de la désinformation et de la manipulation d’Arnaud MERCIER

Presses universitaires du Midi, ISBN  978-2810713462, 12€.

Thierry Birrer
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