
Exemple d’outil gratuit en ligne permettant de vérifier l’intégrité d’une image : capture d’écran de l’analyse d’une photo.
Si le titre, avec son acronyme ésotérique, laisse penser que cet ouvrage ne s’adresse qu’aux journalistes et aux chercheurs, il propose en réalité une indispensable réflexion citoyenne qui devrait tous nous inspirer.
Faire de l’OSINT — Open Source Intelligence en anglais, soit renseignement en source ouverte en français (ROSO, un terme moins connu) — consiste à collecter des informations accessibles à tous, du moment que l’on prenne la peine de les chercher, puis à les analyser et les exploiter afin de vérifier un renseignement ou une information, documenter une situation ou débusquer une fake news.
Bien sûr, l’OSINT recouvre des réalités différentes selon qu’il est utilisé par des journalistes, des chercheurs, des analystes ou des services de renseignement. Il permet d’agréger et de transformer des données brutes en renseignements exploitables, utilisés ensuite dans des enquêtes, des audits de cybersécurité ou des analyses stratégiques.
Faire de l’OSINT, c’est légal
Les sources étant ouvertes — c’est‑à‑dire disponibles sans avoir à voler, craquer un code ou payer un intermédiaire — « la réutilisation d’information disponible publiquement n’est pas interdite par principe », indique la CNIL.
Cependant, collecter une information librement disponible ne signifie pas qu’elle peut être utilisée sans limites. Et comme tout outil, l’OSINT peut servir à ce pour quoi il a été conçu… ou à l’inverse. Ainsi, les cybercriminels et pirates informatiques utilisent aussi les techniques d’OSINT pour l’ingénierie sociale, le phishing ou la localisation de cibles en vue de cyberattaques.
De ce fait, si faire de l’OSINT est légal, cela peut être ni éthique, ni démocratique, selon l’usage.
Allan Deneuville, maître de conférences en sciences de l’information et de la communication à l’université Bordeaux‑Montaigne, auteur de cet ouvrage, l’explique précisément en partant de l’exemple du massacre de Boutcha (Ukraine) par l’armée russe en mars 2022:
« Ce chassé‑croisé où les médias occidentaux et les canaux de désinformation russes utilisent les mêmes images et données, ainsi que de semblables outils de mise en scène, illustre la puissance de la grammaire visuelle de la véridiction dans la production de preuves, mais aussi son instrumentalisation dans le cadre de la guerre informationnelle. »
Le terme de véridiction, emprunté à Michel Foucault, désigne les façons de discourir qui revendiquent une valeur de vérité.
Si l’OSINT est souvent présenté comme un instrument de transparence et de contre‑pouvoir accessible à tous, cette pratique mérite pourtant un regard plus critique : « car derrière ses usages citoyens se dissimulent des dérives que l’on peine encore à mesurer », indique le chercheur dans une interview donnée en avril 2026 à Polytechnique Insights, la revue de l’Institut Polytechnique de Paris.
Si faire de l’OSINT peut sembler simple de prime abord, encore faut‑il savoir quoi chercher, où chercher et comment chercher.
Sinon, « sans méthodologie solide, même les meilleurs outils ne produisent que du bruit », rappelle l’école Guardia, qui délivre des formations en cybersécurité (bac+5) à Paris.
C’est là que l’ouvrage d’Allan Deneuville prend tout son sens. En six chapitres — Quoi ? Quand ? Qui ? Où ? Comment ? Pourquoi ? — il devient facile de comprendre comment, dans le secteur de l’information, l’OSINT peut être un outil particulièrement efficace.
Quelques clefs sont délivrées, comme l’utilisation des opérateurs booléens dans Google, un langage de recherche structuré qui permet de ne pas se perdre dans les près de 150 000 milliards de pages de l’index du moteur le plus célèbre de la planète.
Ne pas se perdre… et surtout gagner du temps. Pour ce seul exemple, l’achat de cet ouvrage est rentabilisé pour celles et ceux qui effectuent sans cesse des recherches sans connaître les outils d’optimisation.
À l’heure où les questions d’exactitude, de transparence, de désinformation — et donc de crédibilité des médias — devraient être au cœur des préoccupations des professionnels comme des lecteurs, ce livre, à la fois théorique et pratique, est le bienvenu.
« OSINT : enquêtes et démocratie », Allan Deneuville, INA Éditions, 11/2025, 216 pages, 16 €.
ISBN : 978‑2‑86938‑309‑8
Pour aller plus loin
- https://osintfr.com/osint/ : un site en français pour approfondir
- https://29a.ch/photo-forensics/ : Forensically, une suite d’outils gratuits pour l’analyse d’images numériques (détection de clones, analyse du niveau d’erreur, métadonnées…).
Rappel : l’absence de preuve n’est pas preuve d’absence ; les affirmations extraordinaires exigent des preuves extraordinaires. Suite créée par Jonas Wagner.— ou une version calibrée “presse écrite”.
- Open Source Intelligence
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