
Irene Jacob, Paris, 1990. © Claude Ventura
Claude Ventura a mené une carrière photographique aussi riche que discrète en parallèle de son travail remarquable de réalisateur de télévision et cinéaste. Un livre présente cette facette peu connue d’un passionné de photographie.
Pendant près de soixante ans, Claude Ventura n’a jamais posé son appareil photo, un Leica qu’il gardait toujours à portée de main. Pour lui, la photographie était bien plus qu’un simple complément à son travail de cinéaste, c’était une forme de journal intime visuel, une manière de capturer l’instant, l’émotion, et les rencontres qui ont jalonné sa vie. Ses images, souvent réalisées en marge de ses tournages ou lors de ses voyages, témoignent d’une grande curiosité pour le monde qui l’entourait, qu’il s’agisse de scènes urbaines, de portraits de célébrités ou de moments captés dans l’intimité des gens. Il a accumulé plus de 35 000 négatifs, précieusement conservés dans des classeurs, dont des images sont aujourd’hui publiées dans « Carnets photographiques », un ouvrage de 208 pages et 200 photos, qui révèle un photographe attentif aux détails, aux contrechamps, et aux histoires individuelles ou collectives qui se cachent derrière les grands événements.
De son propre aveu élève peu brillant, il raconte que sa mère, à la vue de ses mauvaises notes, lui disait, « Même Hitler m’a pas fait ça !». Après un bac péniblement acquis et un bref passage aux Beaux-Arts, il traîne à Saint-Germain-des-Prés où il gratte un peu de la guitare et devient, un peu par hasard, assistant à la télévision. Il s’y ennuie ferme jusqu’au jour où Marcel Bluwal lui confie la charge de filmer un concert, son premier travail de réalisateur. Suivra une belle carrière à la télévision et au cinéma avec des émissions qui ont marqué leur époque comme Tous en scène, Pop 2 et Cinéma, Cinémas.
En parallèle et dès le début, il a tout le temps son Leica avec lui et produira, au fil du temps, une œuvre assez monumentale qui embrasse une grande diversité de sujets et raconte en creux, la seconde moitié du XXe siècle. Il photographiera les manifestations de mai 68 dont notamment celle qui va durer trois jours autour de la Maison de la radio pour protester contre la mainmise du pouvoir sur l’information. Et puis le rock avec le festival de l’île de Wight en 1970 et l’énergie de la scène musicale où son approche se distingue par son choix du contrechamp, captant des visages anonymes dans la foule, les moments de solitude en coulisses. Ses portraits de célébrités, de Jimi Hendrix à David Bowie, en passant par Lou Reed ou Roxy Music, sont ainsi dépouillés de tout glamour artificiel. Il cherchait l’homme derrière l’icône, saisissant Charlie Watts pensif chez lui, le comédien Eddie Constantine comme dans un film policier ou le photographe Saul Leiter dans le désordre créatif de son atelier new-yorkais. Il photographie aussi la ville, Liverpool, Los Angeles, New York, Pigalle, à la recherche de l’âme des quartiers, des traces urbaines qui raconte une histoire, des visages des passants lors de rencontres fortuites. Une grande partie de son travail est en noir et blanc, fait de moments saisis sur le vif, sans mise en scène, capturant l’instant, l’émotion et la vérité des rencontres qui ont jalonné son existence. Un travail sans prétention, mais chargé d’authenticité qui fait de ces images une chronique visuelle unique, signe d’une belle passion pour la vie, saisie sous tous ses angles et dans toute sa fragilité.
Carnets photographiques, Claude Ventura, Allary Editions
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