Le 19 septembre 1989, un DC10 de la compagnie aérienne UTA explose au-dessus du désert de Ténéré.
Ce n’est pas un accident mais un attentat : 18 nationalités, 170 morts, dont 54 Français, 48 Congolais, 25 Tchadiens…
Photographie Jacques Witt / Sipa press

Au procès en appel de Nicolas Sarkozy, les victimes de l’attentat du DC‑10 d’UTA ont fait entendre les voix des 170 morts tués par Abdallah Senoussi, responsable des attentats terroristes libyens et beau‑frère de Mouammar Kadhafi, que Claude Guéant et Brice Hortefeux ont rencontré alors qu’il était condamné.

Les rencontres des proches de Sarkozy avec le criminel sont au cœur du pacte de corruption reproché à l’ancien président. Faire en sorte que Senoussi ne soit plus recherché par toutes les polices internationales était l’une des conditions du pacte présumé.

Les témoignages des familles des victimes de l’attentat commandité par Senoussi ont bouleversé la cour et laissé Sarkozy droit dans ses bottes, dans son méprisant déni.

Parties civiles dans le procès, le collectif informel « Les Filles du DC‑10 » regroupe Mélanie, Danièle, Maryvonne, Yohanna, Véronique, Nicoletta, Vincent, Julie, Béatrice et Mélanie.
Ils sont là pour défendre la mémoire des victimes tuées en 1989 dans l’attentat commandité par Abdallah Senoussi, ex‑numéro deux du régime libyen.

« Danièle est venue avec “la veste trop grande” pour elle que portait son frère Jean‑Pierre le 19 septembre 1989, quand le vol 772 d’UTA a explosé en vol. Yohanna arbore au poignet la montre de sa mère, hôtesse de l’air à bord de l’avion visé par l’attentat des assassins libyens ; elle a été “retrouvée dans les décombres et ne s’était pas arrêtée”. » rapporte Stéphane Durand‑Souffland dans Le Figaro du 2 avril 2026.

Les membres de l’association « Les Filles du DC‑10 » parties civiles ont déposé devant la cour d’appel qui juge pour la seconde fois l’affaire dite « du financement libyen ». Nicolas Sarkozy et d’autres prévenus — tous n’ont pas jugé opportun d’assister à cette journée d’audience — écoutent leurs réquisitoiresdouloureux et dignes.

« Elle avait 43 ans, elle en a aujourd’hui presque 80. Et toujours la même rage froide. “J’ai voté pour vous en 2007”, a dit Maryvonne Raveneau à Nicolas Sarkozy, assis à quelques pas de là. » écrit le 12 avril 2026 Franck Johannès, le journaliste qui suit assidûment et avec talent l’affaire pour le quotidien Le Monde. « Pendant toutes ces années, j’ai essayé de comprendre. Vous aviez dit : “J’ai toujours placé les victimes au cœur de mes préoccupations.” » L’ancien chef de l’État ne dit mot et regarde ailleurs. Maryvonne attendait son mari, le commandant de bord du vol 772 d’UTA, pour dîner, ce 19 septembre 1989. On a annoncé à la télé qu’un avion d’UTA qui avait décollé du Tchad avait disparu. Elle a compris. Elle a dit à son fils : « Enlève un couvert », et pensé : « On ne sera plus jamais quatre. »

Pour en savoir plus

Site officiel des filles du DC10

Association française des victimes du terrorisme

Tous les portraits sont de Jan Schmidt‑Whitley / Le Pictorium

Jan Schmidt‑Whitley a longtemps évolué dans le domaine de la solidarité et de la santé publique avant de faire ses premiers pas de photojournaliste en Turquie en 2013. En France, il a été un témoin privilégié des mouvements sociaux qui ont régulièrement secoué le pays (Loi Travail, Nuit Debout, Gilets jaunes, Loi Sécurité, Retraites, etc.). Il partage aujourd’hui son activité entre des collaborations avec des ONG ou la presse, et un travail documentaire consacré à la diaspora du Bélarus. Il est par ailleurs bénévole pour l’AfVT, l’Association française des victimes du terrorisme.

Dernière révision le 2026/05/29 a 11:14

Michel Puech
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