Thirty-eight bastard years on the furnace front mess room, 1983. Photo: Graham Smith

C’est, à n’en pas douter, l’exposition à voir absolument cet été, tant cette sélection est d’un niveau de qualité assez rare. En un mot : indispensable. A voir au BAL à Paris, jusqu’au 3 janvier 2027.

Le BAL à Paris présente une sélection d’œuvres issues d’une des plus belles collections de photographies privées du monde, celle de Michael et Jane Wilson. Le propos de l’exposition porte sur le lien qui unit le photographe, son sujet et le spectateur, dans une relation triangulaire en équilibre entre l’affirmation du point de vue de l’auteur, la liberté du sujet et l’interprétation par celle ou celui qui regarde. Mais, au-delà de ce questionnement, on retiendra qu’il s’agit surtout d’une promenade jubilatoire dans l’histoire de la photographie, des années 1920 à nos jours. C’est aussi la preuve de la pertinence des choix d’un collectionneur qui a choisi selon son cœur, évidemment de manière subjective, mais devant une telle concentration assez rare de talents, c’est aussi la démonstration flagrante que les Wilson ont un œil, et un sacré bon œil, ne serait-ce qu’en découvrant la liste impressionnante des noms des photographes exposés.

Qu’on en juge : Aaron Siskind, André Kertesz, August Sander, Bill Brandt, Bruce Davidson, Chris Killip, Daido Moriyama, Dany Lyon, David Goldblatt, Dorothea Lange, Francesca Woodman, Graciela Iturbide, Gregory Crewdson, Imogen Cunningham, John Copland, John Gutmann, Lee Friedlander, Leonard Freed, Louis Stettner, Lola et Manuel Alvarez Bravo, Robert Mappelthorpe, Mark Cohen, Nicolas Nixon, Rineke Dijkstra, Alexander Rodchenko, Sergio Larrain, Shoji Ueda, Susan Meiselas, Tomoko Tawada, Walker Evans, Weegee, etc. Et il ne s’agit pas seulement d’une litanie de noms de grands auteurs, la pertinence du choix des images est aussi au rendez-vous, alternant entre images iconiques et œuvres plus rares. Le portrait de Maïakovski par Rodtchenko côtoie celui de Tomoko Sawada, la posture d’un jeune homme dans une image de Chris Killip répond à celle de Weegee faite dans un cinéma, la douceur du regard de Shōji Ueda est chahutée par cette image d’August Sander intitulée « Mains gelées ».

Cent vingt photos sont présentées, sélectionnées parmi les cent vingt mille que compte la collection. Très majoritairement des autrices et auteurs américains, anglais et japonais. Pas de Français, d’Italiens ou d’Espagnols et quelques absents notables comme William Klein, Diane Arbus ou Ansel Adams par exemple, mais il fallait bien faire des choix dans le coffre au trésor et tenir compte des contraintes. Pas de thématique ou de chronologie particulière, un seul fil conducteur : celui du plaisir à contempler autant de pièces d’exception que l’on pourra admirer avec l’impression d’être un gosse dans un magasin de bonbons. Alors, pas d’hésitation, si vous deviez n’en choisir qu’une à visiter, que ce soit cette exposition, elle en vaut largement le détour.

« L’espace entre nous », Le BAL, Paris, jusqu’au 3 janvier 2027

 

Gilles Courtinat
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