Photographie: Augustas Didzgalvis

« Combien gagne un photographe aujourd’hui en France ? Derrière cette question simple se cache une réalité complexe. Augmentation du nombre d’images produites, banalisation de la photographie en tant que pratique, multiplication des usages non rémunérés des images, stagnation des tarifs, inflation, crise sanitaire, essor de l’intelligence artificielle générative : les photographes voient leur activité fragilisée par de profondes mutations économiques et technologiques. Mais que signifie concrètement cette précarisation ? »

Photographie Raimond Spekking

Photographie: Raimond Spekking

Une étude récemment publiée par le Comité de Liaison et d’Action pour la Photographie ( CLAP) dresse un état des lieux peu reluisant des revenus et des conditions d’exercice des photographes en France à partir d’une enquête menée auprès de 1 035 photographes. Elle met en évidence une profession confrontée à une forte précarisation économique, aggravée par l’inflation, la crise sanitaire, l’évolution du marché et l’essor des nouvelles technologies. Les résultats montrent que 62,7 % des photographes estiment que leur activité ne couvre pas leurs besoins financiers. En 2022, près des deux tiers déclaraient moins de 20 000 € de revenus annuels, tandis qu’un quart percevait moins de 5 000 € par an. À l’inverse, seuls 11,9 % dépassaient 40 000 € de revenus annuels et 3,5 % franchissaient le seuil des 60 000 €. L’étude souligne également des inégalités importantes comme le fait que les femmes perçoivent en moyenne des revenus inférieurs à ceux des hommes, et que les débuts de carrière sont particulièrement difficiles, avec une forte concentration de faibles revenus chez les photographes ayant moins de cinq ans d’expérience.

Les revenus varient aussi selon le statut professionnel. Les photographes auteurs et les micro-entrepreneurs sont surreprésentés dans les plus faibles tranches de revenus, tandis que les photojournalistes, les pigistes et les artisans se situent plus fréquemment dans une tranche de revenus entre 10 000 et 20 000 € par an. Au-delà des chiffres, l’étude qualitative révèle les conséquences concrètes de cette précarité. Nombreux sont celles et ceux qui doivent cumuler plusieurs activités pour vivre (enseignement, emploi salarié, autres métiers), réduisent fortement leurs dépenses ou s’appuient sur le soutien financier de leur conjoint ou de leur famille pour poursuivre leur activité. Cette situation a des répercussions sur leur logement, leur vie familiale, leur santé mentale et leurs projets de vie, notamment la parentalité. Les principales causes de la dégradation des revenus identifiées sont : la stagnation, voire la baisse des tarifs malgré l’inflation, l’augmentation de la concurrence, les effets durables de la crise sanitaire, le non-respect des droits d’auteur, la crise de la presse, les délais de paiement trop longs et la transformation du marché liée au numérique et aux nouvelles pratiques comme l’utilisation de l’IA.

En conclusion, le CLAP montre que la profession de photographe traverse une crise structurelle. Malgré un rôle essentiel dans la création, l’information et la mémoire collective, une majorité de photographes peine à vivre de leur métier. L’étude appelle à une réflexion collective sur la revalorisation des rémunérations, la protection des droits d’auteur, la simplification des statuts et l’amélioration des conditions d’exercice afin d’assurer la pérennité de la profession, si ce n’est sa survie.

L’étude est téléchargeable ici 

 

Gilles Courtinat
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