Distribution alimentaire, Khan Yunis, sud de la bande de Gaza, 29 novembre 2024. Photographie: Saher Alghorra / Zuma Press

L’édition 2026 du Prix Bayeux Calvados-Normandie des correspondants de guerre se tiendra jusqu’au 11 octobre 2026 à Bayeux. Témoignage et hommage rendus aux reporters de guerre, métier à la fois dangereux et essentiel, et rappel de la nécessité de soutenir et de valoriser leur travail, l’événement est gratuit et ouvert à tous, proposant expositions photographiques, projections de reportages, rencontres avec des journalistes, soirées débats, un salon du livre et des rendez-vous scolaires.

À l’heure où une guerre peut être suivie en direct sur un téléphone, où chacun peut produire et diffuser des images et où l’intelligence artificielle sait fabriquer des scènes de conflit plus vraisemblables que certaines photographies de presse, pourquoi continuer à envoyer des journalistes sur le terrain ? C’est à cette question que répond, année après année, le Prix Bayeux Calvados-Normandie des correspondants de guerre. Depuis 1994, le prix distingue celles et ceux qui prennent le risque de témoigner des conflits. Mais aujourd’hui, leur travail a changé de nature.

Le reporter de guerre n’est plus seulement celui qui rapporte des sons et images spectaculaires, il est devenu, plus que jamais, un fournisseur de preuves car présent sur les lieux de l’événement. Les conflits contemporains génèrent une grande quantité d’images et d’informations mais leur abondance ne garantit pourtant ni leur fiabilité ni leur compréhension. Une photographie peut être authentique mais sortie de son contexte, ancienne mais présentée comme récente, réelle mais légendée de manière trompeuse. Et déjà, une image ou une vidéo entièrement générées par IA peuvent sembler parfaitement crédibles. Dans ce nouvel environnement, la valeur du matériel de presse ne réside donc plus uniquement dans ce qu’il montre. Elle réside aussi dans la possibilité de savoir qui l’a produit, où, quand et dans quelles circonstances. Apparent paradoxe du travail des correspondants de guerre. Plus les technologies permettent de réaliser des images et des sons toujours plus facilement, plus la présence humaine sur le terrain devient précieuse. Le correspondant engage sa responsabilité, prenant le temps et le risque de vérifier, de rencontrer, d’écouter et de contextualiser.

C’est ce que rappelle le Prix Bayeux. Il ne célèbre pas simplement les meilleurs reportages de guerre, il défend l’idée que, face à la propagande, à la désinformation et à la fabrication du faux, le réel mérite encore d’être documenté par des femmes et des hommes qui acceptent d’y être présents même au risque d’y perdre la vie.

Prix Bayeux Calvados-Normandie des correspondants de guerre,

du 05 au 11 octobre 2026, Bayeux

 

Gilles Courtinat
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