
Photographie Jean Marquis / Roger-Viollet
L’exposition Jean Marquis, arpenteur du quotidien – Photographies 1951‑1983, présentée à la Galerie Roger‑Viollet du 8 octobre 2026 au 23 janvier 2027, revient sur le parcours d’un photographe dont le travail documente avec précision plus de trente ans de vie sociale, politique et culturelle. A voir jusqu’au 23 janvier 2026.
Né en 1926 à Armentières (Hauts-de-France), Jean Marquis arrive à Paris en 1949, où il travaille comme animateur d’art dramatique à l’Union Française des Œuvres Laïques d’Éducation Artistique (UFOLEA), un organisme laïque crée en 1933. C’est dans ce cadre qu’il rencontre Susie Fischer, qu’il épouse le 7 octobre 1950. Susie, d’origine hongroise, est la cousine de Robert Capa. Ce lien familial joue un rôle déterminant dans sa carrière. Capa est déjà connu dans le monde du photojournalisme, il encourage Marquis à se tourner vers la photographie et facilite son entrée dans le milieu professionnel.
En 1951, suivant les conseils de Capa, Jean Marquis est embaucché à Pictorial Service dirigé par Pierre Gassmann, rue de la Comète à Paris. Ce laboratoire est alors un lieu stratégique pour l’agence Magnum Photos, où de nombreux tirages de l’agence sont réalisés. Marquis y apprend les techniques de tirage, côtoie Henri Cartier‑Bresson, David Seymour (Chim), Werner Bischof et les jeunes photographes qui gravitent autour de Magnum. Son intégration progressive au réseau de l’agence se fait par le travail quotidien : tirages, assistance technique, participation aux discussions sur les reportages en cours.
En 1953, il devient officiellement membre de Magnum Photos. Son passage à l’agence est éphémère. Il quitte l’agence en 1957. Néanmoins il participe à la strurturation du le bureau parisien de l’agence américaine. Marquis participe à la production de reportages, à la diffusion des images, à la mise en place des archives et à la délicate coordination entre Paris et New York (voir notre article sur le bureau de Paris). Néanmoins, c’est pour Magnum qu’il réalise ses premiers reportages, notamment celui le long de la Deûle, considéré comme son reportage « initiatique ». Il documente également Liverpool, Budapest, l’Algérie, les campagnes françaises et les quartiers populaires de Paris. Son rôle au sein de Magnum est double : photographe de terrain et collaborateur du bureau parisien, impliqué dans la logistique et la diffusion des images.
Ses reportages couvrent un large spectre : scènes rurales, vie ouvrière, activités artisanales, portraits de travailleurs, reportages industriels, scènes de rue, manifestations politiques. Il photographie Pierre Mendès France dans un train, la fabrication du pain dans un village, Jean Renoir dirigeant ses acteurs sur le tournage de French Cancan, les colons algériens, les chameliers du marché de Touggourt, le bidonville du Clos Salembier en 1958, la foule ouvrière de Merlebach, les vieilles dames de la rue du Petit‑Musc, les rues de Montmartre et de Belleville. Ses photographies témoignent des coutumes rurales, de la modernisation des Trente Glorieuses et des luttes sociales.
En 1955, Edward Steichen, directeur du département photographie du MoMA, sélectionne une photographie de Jean Marquis pour l’exposition The Family of Man. Cette reconnaissance internationale contribue à renforcer sa visibilité et lui ouvre des collaborations régulières avec L’Express, Science et Vie, Time, Sports Illustrated, Fortune Magazine, Life et d’autres titres de la presse internationale. Il réalise plusieurs couvertures, notamment Gina Lollobrigida pour Paris Match en 1954, un ancien déporté en chemise rayée pour Life en 1958, ainsi que des portraits de Brigitte Bardot et d’autres personnalités du cinéma et de la culture.
Jean Marquis documente également les grands événements sociaux et politiques : soutien aux époux Rosenberg en 1953, enterrement des victimes du métro Charonne en 1962, agitation de mai 1968. Il photographie la révolte du Quartier Latin, les barricades, les manifestations, ainsi qu’André Malraux lors de sa dernière apparition politique le 30 mai 1968. Il suit Louis Aragon pour Il ne m’est Paris que d’Elsa en 1963, produisant une série sur les rues de Paris et Montmartre.
Envoyé spécial en Europe, en Iran, au Sénégal, en Algérie, il réalise en 1956 un reportage en Laponie auprès des Samis, considéré comme l’un de ses travaux les plus aboutis. Il y photographie les traditions, les familles, les enfants, les jeux, les gestes quotidiens.
En 2011, Jean Marquis confie la distribution de son œuvre à l’agence Roger‑Viollet, dont une partie provient de la collection de la Bibliothèque historique de la Ville de Paris (BHVP). Il décède en 2019 à Rambouillet, à l’âge de 93 ans. L’exposition de la Galerie Roger‑Viollet restitue l’ensemble de ce parcours, en mettant en lumière son rôle au sein de Magnum, son ancrage dans la photographie humaniste et la contribution essentielle de son épouse Susie, qui fut un relais décisif entre lui et Robert Capa.
L’exposition « Jean Marquis, arpenteur du quotidien. Photographies 1951-1983 » se tient à la Galerie Roger-Viollet du 8 octobre 2026 au 23 janvier 202
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