
Mami Kiyoshi, Miss Otsuka and Matsui and Wakabayashi, Japon, série New Reading Portraits. Photographie: Mami Kiyoshi
Dans le cadre des commémorations du bicentenaire de la naissance de la photographie, la Bibliothèque Nationale de France présente une grande et très belle exposition sur l’évolution de la pratique photographique au Japon de 1945 à nos jours. A voir jusqu’au 31 janvier 2027.
Images tantôt ancrée dans le réel à travers des reportages faisant la part belle au monde rural, aux fêtes et rituels ou à l’effervescence des villes, tantôt théâtrales, formelles ou poétiques, cette présentation raconte la photographie japonaise dans toute sa richesse créative.
Depuis la fin des années soixante, la Bibliothèque Nationale de France s’est intéressée à la photographie japonaise moderne et contemporaine, constituant une collection qui rassemble aujourd’hui près de 4 000 tirages réalisés par quelque 200 photographes, complétée d’une centaine de revues et d’ouvrages emblématiques. L’exposition retrace, à travers 250 tirages photographiques, très majoritairement en noir et blanc (tirages somptueux), l’évolution de la pratique photographique au Japon, depuis 80 ans. Sachant que pendant très longtemps, en fait jusqu’aux années 70, la finalité de cette photographie était le livre, une sélection d’une cinquantaine d’ouvrages est également présentée. Le parcours se compose de six sections :
« Face au réel » consacrée au reportage qui occupe une place importante dans la production d’après-guerre. Ken Domon et Shōmei Tōmatsu ont capturé le quotidien des habitants des villes et ont témoigné des conséquences des bombardements nucléaires. Hiroshi Hamaya s’est intéressé aux régions rurales du nord du Japon, Kazuto Miura a documenté l’île d’Okinawa et l’occupation américaine et Daidō Moriyama, qui dans la revue Provoke, proposait une esthétique « are, bure, boke » (brute, floue, sans mise au point).
« Étrange quotidien » regroupe des oeuvres intimistes, notamment des auteurs du courant de la Konpora Shashin tels Shigeo Gochō ou Tokuko Ushioda, produites dans les années 1960-1980. C’est une recherche de stabilité dans un climat de forts changements sociétaux, le reflet de la poésie du quotidien avec ses rencontres inattendues, créant une banalité teintée d’étrangeté.
« Corps mis en scène ». Ce sont les compositions théâtralisées dues à Shoji Ueda et Eikō Hosoe qui dévoilent l’influence de l’univers très visuel des arts du spectacle traditionnels du Japon, kabuki et butō. Cette ensemble présente des recherches et expérimentations photographiques autour des visages et des corps scénarisés.
« Bonjour Paris ! ». De nombreux photographes japonais présents dans la collection de la BNF ont tourné leur regard vers Paris, comme Yoshi Takata, Keiichi Tahara ou Kenzo Takashima venus travailler ou vivre dans la capitale française. Ces points de vue, qui oscillent entre curiosité et refus de l’exotisme, restent toujours un peu mystérieux oscilant entre atmosphère de rue et attrait du vide.
« Calligraphies du monde ». La figure humaine laisse la place au règne des formes et des signes où on peut reconnaître une forte influence de la tradition de la calligraphie et de l’estampe. C’est une approche minimalisme dans la quête d’une épure et la perfection des formes, jeu d’ombres et de lumières, dialogue entre le plein et le vide.
« Sensible et impalpable ». Boue des rizières collant aux corps chez Hiroshi Hamaya, eaux miroitantes où se plonge un visage chez Toshiko Hashimoto, buée sur une vitre comme un paysage, ce sont des travaux imprégnés des philosophies shintoïste et bouddhiste, les éléments naturels et les saisons devenant source d’une expérience immersive et sensible.
A souligner un scénographie particulièrement réussie, inspirée de l’esthétique nipponne dans ce qu’elle a de meilleur, à savoir un design graphique épuré très élégant qui ne cannibalise pas les oeuvres exposées, mais les met en valeur. Un seul bémol, certains cartels ton-sur-ton peu lisibles. L’ensemble montre également que la collecte a été faite, au fil du temps, de manière très pertinente et est le fruit d’une grande et permanente exigence de qualité. Une exposition majeure à visiter sans tarder.
Photographies japonaises de la Bibliothèque nationale de France. 1945-2025 Scènes, signes, sensations, site François-Mitterrand, Paris, jusqu’au 31 janvier 2027
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