
Quartier général de l’armée russe, Grozny, Tchétchénie, 1995.
Photographie Alain Keller / MYOP
L’exposition s’achève par un espace intime, une série de polaroid réalisée à l’Epahd où la mère du photographe s’est éteinte doucement, atteinte de ce qu’il appelle joliment la maladie de l’oubli. Ce geste affectueux, il la photographiait pour qu’elle se reconnaisse, éclaire l’ensemble de la rétrospective tant le photographe est attaché à la mémoire, à sa volonté de témoigner pour ne pas oublier justement.
Il fut une époque où le jeune photographe pipe au bec arpentait les bouts de piste à Orly pour photographier les décollages . Il rêvait d’ailleurs, l’oreille collé au transistor qui diffusait des programmes en russe ou en japonais. Il ne tardera pas à s’envoler pour la Turquie, où il réalisera son premier ensemble photographique , les voyages dès lors s’enchaineront. Amoureux d’une Américaine, il part à New York, ses histoires de coeur motiveront pas mal ses choix de destination , il présente son premier portfolio à John G. Morris , l’éditeur photo du New York Times. La ville cinématographique l’inspire , en parcourant ses rues et ses parcs, il trouvera son écriture photographique et son traitement noir et blanc dense et contrasté. En 1975, il entre à l’agence Sygma puis rejoint l’agence Gamma. Il couvre alors les conflits majeurs de la planète, le mouvement Solidarnosc en Pologne, l’Irlande du nord, la révolte de la place Tian’anmen à Pékin, la famine en Éthiopie, les guerres au Liban, au Salvador ou en Tchétchénie.
Il poursuit en parallèle à ses frais des projets documentaires personnels comme « Vents d’Est » où il enquête sur les minorités de l’ancien bloc communiste après la chute du mur de Berlin. Déjà lauréat d’un World Près Photo en 1986, ce travail lui vaudra de recevoir le prestigieux prix W. Eugene Smith en 1997. Certaines photos sont devenues iconiques comme celle de la confession publique sur un chantier naval de Gdansk en Pologne ou celle du pianiste russe à Grosny enTchétchénie. La première figure dans le livre « Les 100 photos du siècle ». La rétrospective présente certaines planche-contact, les images dormantes selon les termes d’Alain Keler car une image peut prendre un autre sens longtemps après sa prise de vue. La mémoire toujours, témoins ses carnets de voyages et des extraits de son blog qu’il tient maintenant depuis quinze ans « Le Journal d’un Photographe ». Membre aujourd’hui de l’Agence MYOP, il continue à naviguer au delà des modes, revendiquant un certain classicisme.
Rétrospective aux Douches Municipales
Alain Keler, Edition Delpire & co – 39,50€
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