
Accra, Ghana, 2005. Photo: Bruno Boudjelal
« Goudron: Tanger-le Cap » exposé à la Commanderie Sainte Luce déroule les milliers de kilomètres parcourus en transports en commun par Bruno Boudjelal entre le Maroc et l’Afrique du sud. A voir jusqu’au 4 octobre 2026.
À ses débuts ses débuts dans les années 90, Bruno Boudjelal a eu du mal à s’imposer dans le paysage photographique français. Autodidacte, ses photos couleur, floues, bougées sans objectif documentaire déconcertaient. Depuis son premier sujet en Algérie sur les traces de son histoire familiale porteuse de nombreuses zones d’ombre, il a fait son chemin c’est le cas de le dire.
Son livre « Algérie, clos comme on ferme un livre » a reçu le prix Nadar Gens d’images en 2015. En juin 2004, il reçoit une commande inespérée du journal Libération, il sera salarié pendant 9 mois pour effectuer une grande traversée de l’Afrique. Train, bus, taxi collectif , il franchira les frontières et ses contrôles policiers, il échappera de peu au racket et s’aventurera dans des zones dangereuses. Mali, Ghana, Bénin, Nigéria, Careroun, Gabon, Congo, Zambie. Rencontres improbables, sentiment exacerbé des paysages traversés, Bruno Boudjelal s’imprègne du continent dans une expérience sensible qu’il qualifie de spirituelle. Il collecte aussi les histoires qu’on lui raconte sur le chemin. Il reviendra par la suite dans différents, pays invité en résidence ou pour animer des ateliers avec de jeunes photographes.
Les images que nous découvrons ici sont un mélange de son premier trajet en 2004 et des nombreux séjours qu’il a effectué ensuite. Comment obtient-il cette qualité d’images si particulière, ces couleurs fanées, ces mouvements floutés ? Peut-être grâce aux drôles d’appareils qu’il utilise. Il ne s’agit pas d’une pose maniérée de photographe mais d’une nécessité qui s’est imposée. Il a fait l’acquisition d’un petit Mc Donald’s publicitaire. Dans les pays où la photo est quasiment prohibée et où les fouilles sont monnaie courante, ce jouet effaçait toute suspicion. Il s’est également servi pour les photos en noir et blanc d’un Holga, un jouet bon marché qu’il s’est procuré sur le marché aux puces de Montreuil , bradé avec quelques films noir et blanc. Bruno Boudjelal crée des images par petites touches, il les appelle « impressions et improvisations ». C’est comme son histoire personnelle s’était prolongé sur les routes de l’Afrique.
« Goudron: Tanger-Le Cap » à la Commanderie Sainte Lucie jusqu’au 4 octobre 2026
Son livre : Goudron Tanger–Le Cap – Editeur Atelier EXB, 2026 – 55€.
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