Extrait de Holding the Camera (2015–2019), Alberto Vieceli

Dans le cadre du Bicentenaire de la photographie et du parcours du « Grand Arles Express », le Pavillon Populaire à Montpellier propose une exposition érudite et ludique « Premières fois, Premières photos ». A voir jusqu’au 1er novembre 2026.

Les amateurs de photographie seront comblés, d’autant plus que l’exposition imaginée par la nouvelle directrice artistique et historienne Luce Lebart est gratuite. De la première photo « Point de vue du Gras » réalisée par Nicéphore Niépce en 1826 revisitée par l’artiste catalan Joan Fontcuberta en 2005 à partir de milliers d’images collectées en ligne au premier livre photo conçu par la botaniste britannique Anna Atkins qui s’empare du procédé de cyanotypie dès 1843, l’exposition déroule toutes les premières fois depuis l’invention du médium jusqu’à aujourd’hui.

Ce voyage à travers deux cents ans de grandes et petites innovations débute par l’évocation des marques de papier sensibles, appareils photos et procédés chimiques. Leurs noms rivalisent d’inventivité en convoquant l’imaginaire lié à la photographie, « Le Soleil », « L’Étoile », « Le Merveilleux ». Il s’agit de conquérir un marché en pleine expansion. Les dépôts de brevet d’invention photographique s’accumulent. Entre 1839 et 1901, l’Institut national de la propriété industrielle en recense près de 4000. La grande salle centrale du Pavillon Populaire rassemble une constellation d’innovations technologiques, premiers essais photosensibles de Bayard, premier daguerréotype, premières photos en couleur, premières photos à l’aide de cerfs-volants préfigurant les drones. Les appareils photo espions figurent en bonne place, leurs objectif cachés dans un vanity case de dame, dans un briquet zippo ou encore dans une Lavalière.

Quelle est la première photo des photographes ?

Voilà une proposition intéressante. La plus ancienne ? Pas forcément. C’est plutôt celle qui a tout changé et qui a révélé son regard. Pour Édouard Boubat, c’est la petite fille aux feuilles mortes dans le jardin du Luxembourg en 1942. Son point de vue , c’est qu’il n’y a pas de première photo, « il n’y a que des photos neuves. La lumière est neuve aujourd’hui », dit-il. On découvre pour n’en citer que quelque uns « les premières photos » de Martin Parr, Bernard Plossu, Martine Franck, Vinca Peterson. Les photos inédites ce sont aussi celles qui immortalisent le premier mariage homosexuel, la première fécondation in vitro, le premier pas sur la lunte ou encore la première télévision dans les foyers.

Un chapitre est consacré aux photographies à la Une des quotidiens. En 1980, pour annoncer la mort de Jean-Paul Sartre, Libération publie pour la première fois une photo d’Antanas Sutkus plein pot. L’image occupe toute la première page. Ce geste inaugure une tradition qui se perpétue encore aujourd’hui pour rendre hommage aux disparus. L’exposition se conclue par les images captées par les télescopes spatiaux Hubble et James Webb. Nous assistons médusés à la naissance des étoiles, ces captations stellaires plongent le spectateur dans un univers de science fiction qui est pourtant bien réel.

Premières fois / Premières Photos

Pavillon Populaire à Montpellier jusqu’au 1er novembre 2026

Catalogue :  Premières fois / Premières photos de Luce Lebart – Editeur : Spector books, 2026. 38€

 

Isabelle Stassart
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