Block Party (Fête de quartie), Harlem, 1992. Photo: Martine Barrat

La photographe intrépide, âgée de 93 ans fait l’objet d’une rétrospective « Soul of the city », « l’âme de la ville » présentée à l’espace Van Gogh. A voir à Arles jusqu’au 4 octobre 2026.

Les photos de Martine Barrat ont la force des uppercuts des très jeunes boxeurs qu’elle a photographiés dans le Bronx dans les années 80, directes, sans chichis, au plus près de l’humain. Multicartes, ancienne danseuse, serveuse, actrice, la photographe française s’installe à New York à l’été 1968. Elle vit dans le sud de Manhattan mais se découvre rapidement une passion pour Harlem et le Bronx. Un accident ayant mis un terme à sa carrière de danseuse elle crée un atelier qui réunit musique de jazz et vidéo destiné aux enfants du Lower East Side. Elle n’aura de cesse de photographier les quartiers marginalisés de la ville. « The Picture girl » c’est comme ça qu’on l’appelle dans le quartier. Ceux qu’elle photographie avec tendresse et humanité deviennent ses amis. Cinéaste à ses débuts, elle passe à l’image fixe à la fin des années 70 après s’être fait voler sa caméra. Pearl le président des Roman Kings, jeune gang de rue du South Bronx lui offre son premier appareil photo, un Olympus. En 1981, elle découvre le quartier de la Goutte d’Or à Paris.

Née à Oran, les étals colorés lui rappellent son enfance. Les habitants s’étonnent de voir cette petite femme déambuler sans crainte. Elle les apprivoisent et se voit invitée dans les familles. Elle offrira son premier vélo au petit Mamadou qui trône dans un vieux fauteuil derrière ses grosses lunettes noires. Quand il aura treize ans, elle l’emmènera même à New York. Martine Barrat, amie d’enfance d’Yves Saint-Laurent travaille aussi pour la mode avec sa signature qui allie énergie et douceur. En 1989, elle fait porter les vêtements de Yohji Yamamoto aux habitants d’une favela à Rio. Emmanuelle Lequeux, journaliste au Monde, lui a rendu visite au Chelsea Hotel à New York où elle réside. Elle rappelle les mots de la photographe au moment de son départ: « Promets-moi de vivre intensément chaque instant, que ce soit dans la joie ou la tristesse. »

« Soul of the city », L’âme de la ville », Espace Van Gogh à Arles jusqu’au 4 octobre 2026

 

Isabelle Stassart
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